L’écriture s’apprend : carte blanche à Malik Kahli

Nouvelle carte blanche à mon ami Malik Kahli qui écrit depuis longtemps, a emmené efficacement et brillamment son premier roman en tête des ventes d’Amazon, a longtemps travaillé aux États-Unis et nous revient avec une vision particulièrement intéressante. Et pragmatique, comme j’apprécie. N’oublie pas de visiter son blog, différent bien sûr, mais très intéressant. Je pense que nous sommes effectivement complémentaires dans notre vision et notre rapport à l’écriture. Il a choisi de nous parler d’un sujet qu’il connait particulièrement bien ; il s’attaque à un sujet controversé et sensible en France… Maintenant je lui laisse la plume :

L’écriture s’apprend : l’exemple des États-Unis

 

Beaucoup de mythes persistent dans l’écriture. C’est vraiment dommage car cela freine de nombreux auteurs qui voudraient se lancer mais qui n’osent pas. Si vous êtes sur ce blog, c’est que vous n’êtes pas comme ça, je présume. Vous souhaitez oser écrire votre roman !

 

Washington Square Park

Tuez le mythe !

 

C’est vraiment une bonne chose. Depuis quelques années maintenant, je me bats sur mon blog écrivain-en-devenir.com pour donner des conseils pertinents en écriture, tuer les mythes qui freinent les auteurs et permettre à ces derniers d’avancer libres sur les sentiers dessinés par leurs plumes.

Un de ces grands mythes, c’est celui selon lequel on naît écrivain, on ne le devient pas. Choquant ? n’est-ce pas ? Soit on a le talent, soit-on ne l’a pas.

Si comme moi, vous pensez que devenir écrivain s’apprend (comme toute autre discipline dans la vie, finalement) alors cet article devrait vous intéresser.

Apprendre à écrire des romans

 

En effet, en France, à part sur les blogs ou chez quelques personnes particulières, il n’est pas vraiment possible de se former aux techniques d’écriture, aux méthodes scénaristiques ou encore à la psychologie du lecteur.

La plupart des écrivains sont autodidactes. Ce n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire.

Cependant, comme je le disais plus haut, cela tend à entretenir l’idée qu’il n’est pas possible de se former et d’apprendre à écrire des romans quel que soit le point d’où l’on part. Rien ne saurait être plus erroné que cela.

 

De chercheur à écrivain autodidacte

 

A l’origine, je suis docteur en biologie. Vous savez, ce petit chercheur en blouse blanche qui fait des expériences toute la journée dans son laboratoire, ben oui, c’est bien moi ! Ou plutôt, ça l’était.

Si je m’étais laissé dicter mes désirs par ce que pensent ou croient savoir les autres, je ne serais resté que chercheur. Pourtant, j’ai fait fi de tous ces mythes et je me suis mis à écrire pour le plaisir. J’ai tâtonné très longtemps, mais j’ai fini par réussir à écrire et publier plusieurs livres.

Comme je n’ai pas de diplôme de scénariste de romans (ce qui n’existe pas en France d’ailleurs), ni de diplôme de littérature, cela me rend-il moins légitime ?

Je ne pense pas.

Je crois plutôt en mes lecteurs et leurs opinions. Mes livres plaisent, mes livres aident. Ces seuls critères sont finalement les plus essentiels. Vous ne croyez pas ?

À New York, écrire s’apprend !

 

Lorsque je suis parti travailler à l’Université de New York (NYU pour les intimes) en tant que chercheur, j’ai découvert un autre monde. Certes la culture est complètement différente, je devais parler anglais au quotidien et j’ai découvert tout un univers insoupçonné. Mais le plus choquant pour moi, c’est qu’il y avait des universités et des cours spécifiques dédiés à l’écriture !

Tiens, cela s’apprend ? Etrange. Je n’ai jamais vu ça auparavant en France !

Il est vrai aussi qu’aux Etats-Unis, l’information et la formation ne sont jamais gratuites (contrairement à la France). Comptez par exemple 75 000 $ par an pour étudier à NYU.

Par contre, vous trouverez là-bas des cours sur les scénarios, sur la manière d’écrire, sur les étapes stratégiques de construction d’une histoire et les différents schémas possibles à adopter.

 

New York University

Ce que vous ignorez peut vous coûter cher

 

Les histoires obéissent à des règles implicites. Ne pas les connaître, c’est s’exposer au risque de créer des histoires bancales.

Vous pouvez aussi apprendre quels sont les déclencheurs d’émotions de vos lecteurs. Quelles sont les hormones qui circulent dans le corps de votre lecteur, quels sont leurs effets et comment faire pour jouer sur les différents niveaux et déclencher ces types de réponses pour provoquer l’émotion voulue chez votre lecteur. Rien que ça, oui.

Ne pas le savoir vous expose au risque de créer des histoires fades et insipides.

Les neurosciences se sont invitées dans l’écriture depuis quelques années et nous expliquent comment, depuis l’aube de l’humanité, les histoires sont le principal moteur des civilisations.

Savoir tout cela n’est pas indispensable. Mais le savoir est un atout non négligeable qui peut bien souvent faire la différence entre un OUI et un NON chez un éditeur !

Cela peut aussi marquer la frontière entre un livre moyen et un ouvrage inoubliable !

 

Toujours apprendre !

La France, pays de la littérature

 

Je vous sens venir de loin… Vous allez m’objecter qu’en France, il y a aussi des études littéraires. N’est-ce pas ?

En effet. Il y a des cursus littéraires. On peut même devenir Docteur en littérature. Mais qu’y apprend-on ? Quelle est l’expertise qui y est développée ?

Bien souvent, cela consiste à étudier des textes d’auteurs contemporains ou décédés. Essayer de comprendre ce que l’auteur a voulu dire. Lui faire dire aussi ce qu’il n’a pas dit. Sur-interpréter pour donner plus de puissance aux œuvres à posteriori.

Pourquoi pas. Comprendre et étudier des textes c’est essentiel.

Mais j’ai une question pour vous :

Pouvez-vous me citer beaucoup d’auteurs qui ont comme cursus une fac littéraire ?

La plupart publieront des articles ou des livres axés sur leurs domaines. Des livres « techniques » finalement. Rares sont ceux qui publieront des romans ou d’autres types d’essais. Ils ne sont statistiquement pas plus nombreux que dans les autres corps de métiers ou que dans la population générale.

La fabrique des auteurs aux États-Unis

 

Aux Etats-Unis, par contre, de véritables cursus dédiés à l’écriture et à la création d’œuvres littéraires sont dispensés. C’est une différence majeure.

Des auteurs connus tels que John Irving y ont fait leurs premières armes. Même au début du XXème siècle, Columbia proposait déjà des cours et des ateliers d’écriture dans ses cursus. En 2020, en France, cela ressemble encore à une curiosité.

Les grands auteurs, les prix Pulitzer, deviennent ensuite à leur tour des enseignants et prodiguent leur savoir à la prochaine génération. Un peu comme dans n’importe quelle autre discipline finalement ! (Zidane entraine maintenant une équipe de foot, les chercheurs enseignent à la fac, les architectes donnent des cours d’architecture… Normal , quoi !)

 

John Irving

Imaginez…

 

Imaginez vous dans une salle de classe. Aujourd’hui, votre professeur est Bernardin de Saint Pierre (ou Amélie Nothomb ou bien tout autre auteur que vous appréciez).

Il prend le temps de décortiquer sa façon de voir l’écriture. Il vous explique comment vous pouvez améliorer vos histoires.

Il vous donne des consignes pour être efficace et ne pas procrastiner.

Il rassemble toutes ses années d’expérience dans un cours pratique et didactique afin de vous faire gagner des années que vous auriez passé à tâtonner seul pour peut-être aboutir aux mêmes conclusions.

Il écoute, ainsi que vos autres camarades de classe, vos récits et vos textes.

Tous vous font des retours bienveillants et constructifs…

Vous pouvez échanger tous les jours avec d’autres auteurs comme vous et vous créer votre propre petit cercle littéraire.

Les agents littéraires et les éditeurs, au fait de la qualité de l’enseignement de l’école, vont tout de suite vous remarquer, voire vouloir vous faire un signer un contrat avant même de finir votre cursus.

Alors, que ressentiriez-vous si un tel système existait chez nous ? Aimeriez-vous en faire partie ?

Ne pensez-vous pas que cela vous apporterait énormément pour votre carrière d’auteur ?

En ce qui me concerne, j’aurais aimé qu’un tel système existe chez nous.

 

Columbia University

Une lueur d’espoir en France…

 

Néanmoins, il semblerait que la France commence à s’y ouvrir petit à petit. À Paris et au Havre, par exemple, deux Masters proposent des cursus propres à l’écriture créative. Cela reste encore très confidentiel, mais espérons que d’ici quelques années, ces formations se démocratiseront et donneront, à chaque auteur qui le souhaite, la possibilité de poursuivre librement ses rêves sans avoir à subir la pression de mythes stupidement ancrés dans l’inconscient collectif.

En attendant, les blogueurs comme Laure et moi sommes là pour vous faire profiter au maximum de notre expertise.

En vous souhaitant réussite et succès dans vos écrits,

Malik Kahli, du blog écrivain-en-devenir.com

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2 Commentaires

  1. Sérina

    Bon article dans lequel j’ai appris (et franchement je n’y aurais jamais pensé) qu’on pouvait étudier les déclencheurs d’émotion ! Effectivement, en France, les études d’écriture créative ne sont pas à la portée de tous – pour rallier un master on doit déjà avoir réussi une licence – et j’ai choisi une formation francophone dont le siège se trouve en Suisse. Cette formation, des livres sur le métier et des articles dans des blogs comme celui-ci m’apportent énormément dans mon travail ! Merci beaucoup.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci pour votre témoignage Sérina. Vous avez intégré l’idée qu’écrire des livres est un métier avec ses secrets, ses techniques, ses besoins, et on a souvent du mal à faire passer cette idée en France. L’écrivain est trop souvent vu comme une personne qui a simplement un don et a eu de la chance…
      Alors merci pour votre témoignage car vous montrez que oui, écrire s’apprend et qu’il est important de se former, se renseigner, apprendre comme vous le faites.
      Et c’est assez symptomatique que vous n’ayez pas trouvé ce qui vous convient en France. Il y a des choses intéressantes mais relativement peu encore.

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