Vivre pour écrire ou écrire pour vivre ? Mode d’emploi !

Vis-tu pour écrire ou écris-tu pour vivre? Mode d’emploi de l’écrivain épanoui !

 

« Il faut vivre pour écrire, et non pas écrire pour vivre. »

 

C’est ce que Jules Renard écrivait dans son Journal, le 9 janvier 1908.

Comment tirer profit de cette citation de Jules Renard ? En en faisant ton mode d’emploi de l’écrivain épanoui, bien sûr !

 

Stylo-plume

1er cas :

Tu écris ton roman sans respirer, sans manger, vivre, 10 heures par jour, oubliant tes enfants, ta compagne ou ton compagnon, ton boss, ton boulot : cet article est l’occasion de te réconcilier avec ton existence –et ton livre.

2ème cas :

Tu n’écris plus ton roman, ou presque, parce que tu as perdu l’inspiration, la motivation ou l’enthousiasme : c’est également l’occasion de te réconcilier avec ton inspiration, ta motivation, ton enthousiasme –et ton roman.

3ème cas :

Tu es un écrivain parfaitement épanoui et équilibré, denrée rare : reste quand même. Un écrivain averti en vaut deux !

 

Dans le 1er cas :

 

Tu es complètement obsédé par l’écriture de ton roman. Tu le considères non comme une réalisation en soi et une réalisation de toi-même, mais comme une obligation de réussite : tu écris pour vivre. Tu es dans la peau d’un écrivain qui part en guerre avec des objectifs de temps, de réussite, de succès, peut-être même de but financier. Toute ton existence est programmée par l’écriture de ton livre. Il n’y a place pour rien d’autre.

Il se pourrait bien que l’inspiration ne vienne plus assez rapidement. Tu ne caleras probablement pas au premier roman mais au second ou au troisième. Ecrire ne doit pas être une corvée mais un plaisir ardent.

Je ne dis pas qu’il ne faille rien programmer, d’écrire au petit bonheur la chance. La structure d’un roman est primordiale. Qu’on la mette au point en cours d’écriture ou qu’on la conçoive avant de rédiger, le concept est le même : suivre une ligne en se donnant la possibilité de la retoucher, la transformer, la faire évoluer. Je te renvoie à mes articles sur l’écriture de roman ou à mon guide gratuit.

Le risque, quand on est taraudé par un objectif de temps et de réussite, est d’écrire mécaniquement, pour écrire en quelque sorte, remplir les trous, se voir avancer de chapitre en chapitre. On n’écrit plus parce qu’on a vraiment quelque chose à écrire. Personnellement, je préfère cent fois attendre quelques jours quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous que d’écrire un contenu insipide. Je ne suis pas un traitement de texte : je suis un écrivain.

Cette obligation à écrire, c’est écrire pour vivre. Ecrire à tout prix. Ecrire pour écrire. Quitte à oublier pourquoi on a commencé à écrire un roman, pourquoi on veut écrire, comment on aime écrire. En oubliant que le but ultime de la vie est de vivre et d’être le plus heureux possible. C’est un piège dans lequel nous sommes tous plus ou moins tombés, en débutant dans l’écriture. Il faut être vigilant : certains ne s’en sont jamais remis ! Ils sont toujours là, au fond des oubliettes, à écrire même quand ils n’en n’ont plus envie, épuisés, hagards, réduisant dangereusement leur vie sociale et écourtant leurs nuits.

 

Crédit photo : The British Library

Crédit photo : The British Library

Dans le 2ème cas :

 

Tu écris parce que tu éprouves le besoin urgent de partager ton inspiration. Tu es heureux d’écrire. Tu vis pour écrire.

Ecrire un roman, c’est se faire plaisir avant tout. Tu écris pour le bonheur égoïste d’écrire et c’est bien. Parce que cet acte génère en toi de l’enthousiasme, du désir, de la fantaisie, de l’amour. Et parce que tu désires faire passer, au travers tes livres, des messages qui te paraissent pertinents. Tu écris parce que tu es doué pour écrire. Parce que la muse te titille l’oreille souvent, te dictant des mots qui se transforment miraculeusement en phrases puis en livres.

Et si tu peux en vivre, financièrement, c’est le miracle réalisé, la grande joie, c’est l’accomplissement.

 

L’éthique de l’écrivain

 

Mais écrire n’importe quoi pour en toucher salaire, écrire des niaiseries, des platitudes, de la médiocrité, voir de la vulgarité parce qu’il y a un public pour cela, c’est la prostitution de l’intellect et je m’élève contre. Ce que nous faisons de notre cerveau est aussi important que ce que nous faisons de notre corps. Aussi précieux.

Ce que nous racontons aux autres aussi. Ce que nous leur faisons lire aussi. Nous sommes responsables de nos productions comme de nos existences. Les écrivains sont influents. Ne produisons pas de mauvais livres parce que nous écrivons pour vivre. Et puis, c’est une affaire de liberté intérieure. Vivons plutôt pour écrire. Pour mieux vivre. Etre plus épanoui.

 

L’inspiration, au fond, qu’est-ce ?

 

C’est la façon unique dont ton inconscient unique va digérer et transmettre ce qu’il a vécu, vu, enregistré, lectures, odeurs, sons, émotions, raisonnements et j’en passe. Tu es tout entier contenu dans ton inconscient et il est la matière première de tes livres et ton imaginaire. Il faut donc en prendre soin car c’est un champion. Et les champions, on les bichonne !

Si tu ne lis que des romans de troisième catégorie, tu écriras des romans de troisième catégorie. Si tu fréquente des imbéciles, tu écriras des livres pour imbéciles. Si tu fréquente des gens vénaux, tu écriras des livres vénaux – c’est-à-dire des livres stupides, écrits pour le plus grand nombre, et peut-être auras-tu même du succès financier ! Mais quel genre de succès financier ? Un succès qui rend fier ou un succès de larbin ?

 

Imagination

 

La qualité et l’excellence de ton écriture

 

Tu l’auras compris : je suis pour la qualité et l’excellence. Mieux vaut lire un excellent livre par semaine que trois médiocres. Mieux vaut écrire un bon roman que trois mauvais. C’est comme ça qu’on finit par écrire vite et bien. En se traitant bien. Mais le départ est plus lent : on ne se contente pas. On cherche à s’améliorer. On écrit beaucoup dès que l’inspiration est là. On fait tout pour la nourrir. On se repose. On recommence. On cherche de nouveau à s’améliorer. Mot par mot. Humblement. L’écriture est un art et un artisanat. Une cuisine intime qui mixte idées, mots, techniques, ressentis, sensations, souvenirs recyclés, culture… Et un jour, tout s’éclaire : tu écris vite et bien ! C’est ce que j’appelle vivre pour écrire.

 

Vivre pour écrire

 

Tu as placé si haut l’art d’écrire que l’écriture te porte dans ta vie. Elle est là, irremplaçable : le sel de ton existence. Pas un sacerdoce, pas un sacrifice, non : une compagne, un compagnon, une amie, un ami, une passion qui fait partie de toi comme un autre membre, un quatrième œil ! Tu vois tout par le filtre de l’écriture, inconsciemment, bien entendu. Tu écris pour montrer que la vie est belle et qu’elle vaut d’être vécue. Tu écris pour transmettre ce qui te tient à cœur.

Tu profites des expériences de l’existence. Tu joues, tu voyages, tu prends des risques, tu as des émotions, des sensations. Tu ne t’enferme pas comme un ermite tout le temps. Seulement quand ton besoin d’écriture se fait entendre. Tu es un joyeux compagnon, parent, ami, collègue. Tu vis, tout simplement. Et tout cela prend place dans ton inconscient qui le redistribuera généreusement, à sa manière unique, dans tes romans.

 

L’inspiration

 

Alors si l’inspiration n’est pas au rendez-vous aujourd’hui, ne lui en veux pas. N’insiste pas trop longtemps, pas plus d’une bonne heure ou deux. Puis sors, aère-vous, pratique une passion, voyage, découvrez un lieu, un plat, un film, un livre, un paysage, un être, un musée, peu importe, et l’inspiration reviendra : tu l’auras nourrie. Ne l’affame pas. C’est vivre pour écrire.

C’est ce que nous dit aussi Louise Portal, avec ses mots : Ecrire, c’est une liaison d’amour avec soi et les choses, et les moments et les gens. Ecrire, c’est comme vivre une vie parallèle à sa vie de chaque jour : c’est le vase purificateur de l’âme et de ses mouvances. C’est un joli programme, non ?

Et toi quel genre d’écrivain es-tu ? Tout l’un, tout l’autre, parfois l’un ou l’autre ?

 

 

Jules Renard, Journal 1887-1910    

illustrationTéléchargez votre Cadeau

14 Commentaires

  1. Marie-Françoise

    Laure, tu as non seulement de faire de bons articles mais aussi de citer des passages littéraires essentiels à la compréhension de la pensée des auteurs et donc à la tienne, du moins pour l’illustrer:En exemple la citation de Louise Portal à la fin de ton article,d’ailleurs, il serait possible de remplacer le mot « écrire » par celui de »lire »et les mots garderaient tout leur sens.Je trouve cette
    citation magique voire magistrale.
    A bientôt.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci, ça me touche que tu apprécie mon travail. Le mot de Louise Portal, je l’ai beaucoup aimé, c’était donc naturel de le citer.

      Répondre
  2. carchon yves

    Rien à redire, Laure. Vivre pour écrire est un excellent programme ! J’y suis arrivé après soixante huit ans de vie dont quarante d’écriture. Beau travail que le tien de montrer aux apprentis-écrivains tous les chausse-trappes qui l’attendent. Littérairement à toi.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Ton mot me fait très plaisir, Yves. Quelle chance nous avons d’avoir l’écriture dans notre existence ! Je n’imagine pas la mienne sans elle. Merci à toi.

      Répondre
  3. Tahar

    Bonjour, Laure,
    Je ne me vante pas si je dis que je vis pour écrire car c’est une réalité. J’ai commencé à écrire à l’âge de 18 ans environ. J’écrivais des poèmes d’amour et des romans policiers. C’est par mure inspiration. Une fois, je me suis levé tôt le matin et j’ai commencé l’écriture d’un poème long de 160 lignes qui m’a pris deux heures de suite.Une fois le poème terminé, j’ai pris mon café ! (sourire)…
    Bon week-end !
    Tahar

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Tahar,
      Nous sommes sur la même longueur d’ondes alors ! Je viens d’écrire douze pages d’une traite en moins de deux heures (j’aurai peu de travail pour les reprendre, et c’est une chance…) Voilà, il est 11h21, je n’ai pas pris mon petit déjeuner, tant pis, l’écriture d’abord. Et maintenant mon blog. Je passerai au repas de midi directement. C’est merveilleux d’être saisie par l’inspiration comme cela. Oui, c’est vivre pour écrire. Je te souhaite et me souhaite que cela dure toujours pour nous. Continue sur ta lancée, tu as trouvé le chemin, maintenant il faut continuer à tracer ta route.
      Bon week-end à toi aussi, avec peut-être un poème de plus.
      Laure

      Répondre
  4. Lezards

    A mon humble avis, écrire relève
    1- le sentiment d’appartenance..
    2- DU subjectif, de l’implacable..

    REMARQUE:

    Ce que je suis en train de vous « dire », c’est de « L’écriture », SEULEMENT, il serait judicieux de bien, de mieux saisir
    La portée de mon message à travers cette écriture sinueuse, cabalistique…
    Avez vous saisi mon « message »?

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      A Lézards
      Non, je n’ai rien compris. Pourquoi ne pas écrire pour être compris, ce serait plus simple, non ?

      Répondre
  5. Ladybird

    Bonjour Laure,
    J’ai bien lu tout ce que vous avez écrit. Et je peux dire que je vis pour écrire. J’y pense depuis l’âge de 12 ans. C’est en moi. Ça paraît simple pour moi de le dire. Je le ressens au fond de moi. Vos conseils m’ont rassuré car je bloque un peu actuellement. C’est une mise à nue pour moi le faite d’écrire. Ce roman n’a rien à voir avec ma vie mais il est nourri de mes émotions et des mes ressentis.
    Je me sens un peu mieux car vous répondez à mes questions. Et je vous remercie de nous donner de votre temps et de votre expérience. Maintenant j’avance et je vais avancer en sécurité. C’est comme si je viens de sauter dans le vide mais il y a un filet de sécurité maintenant. Merci infiniment pour votre aide.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Ladybird,
      Merci de partager cela. Ca me touche de voir que je vous aide d’une manière ou d’une autre. Je crois que prendre la décision d’écrire n’est pas simple. Ce qui est simple, c’est de savoir qu’on a besoin d’écrire, qu’on veut écrire, qu’écrire nous est vital. Mais prendre la décision de vraiment le faire s’accompagne de doutes, de questions. Ecrire aussi, est une remise en question permanente, et cela dure toute la vie, je crois.
      Il ne faut donc pas avoir peur de nos questions, c’est normal, c’est légitime et ça fait partie du processus d’écriture. On est jamais à l’abri d’une erreur et c’est sans importance, on rectifie, c’est tout. Regardez, je croyais mon roman achevé, j’allais le publier la bouche en cœur, et me voici en train de le retoucher ! Je prends deux ou trois semaines de retard mais quelle importance ? Le tout est de comprendre et de réagir. Le processus dans l’écriture est le même que dans la vie. S’adapter, être souple, apprendre, comprendre, faire des expériences et se relever quand on tombe. C’est simple au fond, mais cette simplicité nous avons du mal à la mettre en train déjà dans nos existences… Très heureuse que vous ayez rencontré un filet de sécurité sur la route !

      Répondre
  6. loupzen

    …et à la fin de l’envoi..je touche !
    Merveilleusement dit avec les mots qu’il faut quand il le faut et là où on ne les attends pas !L’écriture doit elle s’adapter à nous ou est-ce l’inverse?Je reste persuadé que c’est un savant mélange, une alchimie des deux.Trouver son style, sa libre expression, puis se tenir à ce « mode de vie « , là où on se sent à l’aise..on ne peut plaire à tout le monde prend tout sa signification.mais comme au départ on écrit pour sois- même….il faut donc que nos textes chantent à nos oreilles et après, à nos yeux (c’est comme cela que je fonctionne).
    En vous remerciant de vos aides.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Loupzen,
      On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est certain. Mais on fond, on ne peut déplaire à tout le monde non plus ! Donc tout va bien. Quand un texte est bon, il trouve ses lecteurs. Je reste une éternelle optimiste dans ce domaine.

      Répondre
  7. Loupzen

    Bonsoir Laure,

    Mon ressenti de « gribouilleur » va bien dans votre sens.Je reste trés attaché à votre méthode du « OSEZ »….elle me réussit à sa juste mesure et à la mesure de mes possibilités. Pas têtu mais assidu, je veux renouveler le défi du « pas en avant » (pas étant compris comme démarche !!)et je ne veux pas me cantonner à cette première expérience….j’invite tous vos lecteurs à avoir de l’audace, encore de l’audace et…toujours oser d’avoir de l’audace.
    Avec sincérité.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Loupzen,
      Je ne vais pas faire dans la dentelle : go, go, Go !!! Finalement, il n’y a que ça : agir. Dans notre cas, c’est beaucoup écrire.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *