Le flow : comment écrire un roman en état d’inspiration totale ?

Le flow, c’est l’inspiration et la maîtrise d’un art ou d’une activité menées à leur excellence, leur apogée. C’est le dépassement de soi, c’est quand ta plume glisse avec vélocité et intelligence, quand tu fais corps avec ta pensée, tes émotions, tes compétences. C’est le deuxième souffle du coureur olympique quand il sème ses adversaires derrière lui. Bref, c’est l’instant de grâce quand tu maîtrises parfaitement ce que tu écris, et c’est tellement facile et fluide que tu as l’impression de recevoir de l’extérieur ce qui vient de l’intérieur. Tu es à ce moment parfaitement en accord avec toi-même, ce que tu fais et ta manière de le faire.

Si tu n’as pas lu l’article précédent, écris-tu dans le flow ? Comment vivre ta plus belle expérience d’écrivain, je te conseille de le faire, car celui-ci en est la suite et le complément. Je poursuis la liste en 12 points de ce que je pense indispensable à mettre en place pour que le flow devienne une réalité et non plus un rêve quand tu rédiges. Le flow, c’est aussi et surtout écrire dans un plaisir extrême.

 

Crédit photo : Denis Bocquet

 

8. Lâcher prise sur ce que tu veux exprimer

 

Et oui, si tu veux rester maître de ta pensée, tu n’obtiendras que de la pensée… De ceci, nous sommes tous capables. Le flow est autre chose. C’est un  état qui te fait écrire ce que tu dois écrire sans savoir ce que tu dois écrire ! Quand je commence un livre, je ne sais pas ce que j’ai à exprimer ! Je fais confiance à mon intelligence d’arrière-plan, à mon cerveau, mon inconscient, toute ma machine pour faire, en quelque sorte, le travail à ma place ! Je ne veux rien écrire en particulier consciemment et pourtant j’écris ! Le travail conscient, je ne le fais, je te le disais, qu’après, hors flow, au 2ème jet et aux suivants. Lâche prise sur tes attentes. Tu dois avoir une confiance absolue en toi, une confiance absolue que l’écriture va se faire comme en dehors de toi, mais avec ton aide. Ce sera bien meilleur que ce que notre petit esprit limité peut concevoir tout seul.

 

9. Se souvenir de ce que tu as ressenti quand c’est arrivé

 

Si tu pense que tu n’y parviendra jamais, si tu es sceptique, souviens-toi… Cela t’es sûrement déjà arrivé, que ce soit durant trois pages, ou 20 lignes, peu importe. Durant un footing ou en t’entraînant au patin à glace. En créant une application ou en tirant à l’arc. En peignant une toile ou en sculptant. Tu peux retrouver cela en partant de ce ressenti, cette sensation, cette émotion de joie sans mélange et de maîtrise sur toi. Pas à partir de ton intelligence raisonnée. A partir de ton ressenti. Tente de retrouver cette émotion, de la revivre. Assis-toi, respire, souviens-toi et fais monter la sauce !

 

10. Etre dans le moment présent

 

Si tu penses à tes soucis quant tu écris, à ta fiche d’impôts, au repas de ce soir, c’est impossible. Il faut écrire et seulement écrire quoi qu’il se passe autour de toi. En ce moment, par exemple, une grève avec hurlements et haut-parleur à moins de 50 mètres ! Rien que ça ! Si un élément perturbant s’immisce, ne te laisse pas te déstabiliser mais considère-le comme faisant partie de l’expérience. Tu l’intègres dans le moment présent. Tu fais à ce moment preuve d’une grande intelligence de vie. Celle-là même que je ne suis pas capable de posséder dans la vie courante quand je m’emballe parce qu’il a trop de bruit, etc. Je n’avais pas prévu de te parler de cela il y a quelques secondes mais les coups de sifflets et les vociférations m’y font penser. Je les intègre dans mon processus sinon je cesserai net d’écrire. Evidemment, ce n’est qu’un article mais c’est histoire de te donner un exemple.

 

Crédit photo : Jean-baptiste Duville

11. Laisse tomber ton égo quand tu écris

 

Là aussi, lâche prise. Oublie qui tu es en tant que représentation sociale. Tombe le masque. Sois juste toi. Assume-toi jusqu’au bout de tes mots. N’aies honte de rien, ne crains rien. Oublie-toi au profit de ce que tu écris. Accepte que tu n’as pas tout le contrôle sur ton contenu. Seulement sur la forme. Idéalement, ce que tu écris est beaucoup plus grand que toi. Je ressens profondément que ce que j’écris me dépasse quand je suis dans le flow. J’ai presque peine à croire que cette personne qui agit, c’est moi. C’est moi mais je me regarde agissant en même temps. Je sais, c’est difficile à admettre et pourtant… Je n’ai rien d’une mystique. Je parle d’expériences renouvelées. De tangible ; même si je te décris une sensation et que la sensation est par essence intangible. Je compte sur la neuroscience pour lever un jour le mystère sur le flow.

Dans le flow, je ne me sens pas responsable de cet état. C’est comme s’il s’était déclenché sans moi. Mais ce n’est pas toujours vrai. Parfois, je le déclenche, parfois il me surprend et je me jette sur ma plume ! Je me sens emportée par un courant bénéfique et bienveillant. Je ne sais pas ce que j’écris vraiment car cela se passe très vite, j’oublie aussitôt la phrase précédente sur laquelle je me suis pourtant concentrée jusqu’à mon moindre atome. Il n’existe plus aucun jugement de valeur sur mon écrit ou moi-même. Je suis dans l‘acceptation de ce qui est, ce que je fais, ce que j’écris. Avec la sensation incroyable que c’est bien. Cette sensation, nous voudrions bien la ressentir tout le temps, n’est-ce pas ? Imagine comme elle nous rendrait heureux ! Ce n’est qu’en me relisant que je prends conscience de l’ensemble écrit et de ma responsabilité dans ce que j’ai écrit. Puisque c’est moi qui l’ai fait !

Dans la zone, il n’y a que des réponses ! Plus de doutes, plus de craintes. Plus d’incertitudes, plus d’impuissance. Le sentiment de puissance y est du reste très présent. Pas une puissance imbécile qui compare, qui dit : je suis plus puissant que les autres ! Non : la puissance qui dit : je me sens bien installée en moi-même. Je suis en bonne compagnie. J’ai confiance en moi et en ce que je réalise en cet instant.

Il n’y a que maîtrise. Pas maîtrise sur les autres non plus. De toute manière, ils ont quasiment ou totalement disparus de l’horizon. Maîtrise de toi et de ce que tu expérimentes. De ton art. Quand je vais aux jets suivants, aux corrections, plus de flow : je retrouve mes doutes et mes incertitudes, mon recul vis-à-vis du texte et il est aussi fondamental pour se corriger correctement.

 

12. Le flow n’est pas un processus après lequel courir à s’en rendre malade

 

Le flow peut même faire peur quand on l’expérimente pour la première fois. Très jeune, je me souviens que je me demandais si je devenais folle. J’ai connu de vrais moments de doutes, de panique. Qui était cette personne qui logeait en moi, prenait un stylo pour me dicter des mots, des histoires auxquelles je n’avais jamais songé ? A l’époque, il n’existait pas un seul livre sur le phénomène en France. J’ai mis un moment avant de comprendre que je déclenchais un processus naturel de créativité. Je l’avais désiré ardemment, j’y avais œuvré, et pourtant, j’en avais peur ! Personne ne m’en avait jamais parlé, je n’avais jamais rien lu là-dessus.

Le flow n’est pas à mettre dans les mains de n’importe qui. Il faut être fort pour le recevoir et rester équilibré. Il faut apprendre à l’apprivoiser, à le laisser s’installer dans notre existence, à lui faire une place douillette. Mais alors, quelle récompense ! Bien entendu, il ne se voit pas, ne se devine pas. Tu es seul avec. Mais quelle jolie compagnie ! Quel bonheur ! Evidemment, si tu veux le partager, en parler, c’est compliqué. Je m’en suis toujours quasiment abstenue.

Ne cherche le flow que si tu te sens solide. Le flow est une danse sauvage, pas une valse lente. Mais c’est aussi la maîtrise, et la maîtrise est totalement inconnue à l’être humain. C’est pourquoi elle peut faire peur : toute notre éducation est conçue dans le but que nous ne possédions aucune maîtrise de nous-mêmes mais que d’autres, plus méchants, plus manipulateurs, plus forts, possèdent la puissance sur nous. Ceux qui sont dans le flow échappent à leur emprise. C’est peut-être pour cela qu’inconsciemment les gens vouent un culte à ceux qui vivent le flow ouvertement : chanteurs, acteurs, sportifs, écrivains, peintres, grands scientifiques…

Certains, dans leur pratique de l’écriture, expérimentent très vite le flow, d’autres plus tard, d’autres jamais. Pas de regrets ou d’amertume ! Des écrivains qui réussissent parfaitement écrivent sans connaître jamais le flow.

Aux clefs précédentes, j’ajoute cette précision : avant que j’expérimente vraiment le flow sur des textes longs, j’ai écrit un roman inachevé sans y parvenir. Je connaissais cet état par la pratique de la poésie. La muse m’était déjà tombée dessus ! Car la Muse, l’inspiration, le flow, c’est la même chose ! Pour les longs textes, c’est arrivé au deuxième roman. J’écrivais avec l’acharnement du débutant depuis plus d’un an, et j’avais donc déjà acquis un minimum de techniques d’écriture, sans quoi cela n’aurait pas été possible. Donc, entraîne-toi en écrivant encore et encore.

Je rêve du reste de reprendre un jour ce roman dans le flow, là où je l’ai abandonné, vers la deux centième page. Très mauvaise idée du reste que de l’avoir laissé choir. Quand tu es dans le flow, ne laisse jamais tomber quel soient les défis de ton existence. Je ne le savais pas à l’époque mais tu risques de ne jamais reprendre ton roman parce que tu prends le risque de ne jamais retrouver le flow avec le sujet que tu expérimentais à un moment donné. Nous changeons et ce qui intéressait notre inconscient à l’instant T ne l’intéressera plus obligatoirement à l’instant Y. Pourtant, il y a des pépites dans ce roman fantastique écrit dans un flow qui, quand j’y songe, me rappelle la sensation intense, incomparable, que j’ai vécue alors. J’aimerais m’y remettre rien que pour revivre cela.

 

Crédit photo : stuart Anthony

Ecris-tu dans le flow ?

 

Si tu l’as connu un jour, tu n’as jamais oublié ce moment. Si tu le connais un jour, tu ne l’oublieras jamais. C’est tout simplement à cela qu’on sait être entré dans la zone. Et puis le texte qui en est revenu avec toi te le dit aussi : il est meilleur, plus fluide, plus intelligent, plus pertinent, plus émouvant… Il te dépasse. Tu vois bien que toi, avec tes pauvres forces habituelles, ta petit intelligence de routine, tu n’aurais pu l’écrire. Rend-toi donc disponible pour que le flow revienne ou que tu le rencontres.

 

Petites nouvelles à propos de flow

 

Je mets en page, en ce moment, pour l’autoédition sur Amazon un livre d’aphorisme sur l’art d’écrire (j’ai du mal, ça traîne car la technique et moi…) Je l’ai écrit en deux mois cette année dans des conditions de flow. Une expérience formidable ! Puis je publierai le roman que je voulais sortir en… mai ! Mais les ennuis de santé se sont multipliés, ce qui fait que je vais publier deux livres rapprochés. Ce roman, Le cheval de l’Irlandais, m’a donné beaucoup plus de fil à retordre : je ne l’ai pas écrit dans un état de flow constant. Je te livre deux aphorismes, avec un peu d’avance sur la publication, parce qu’ils évoquent justement le flow :

Les fulgurances de l’inspiration frappent l’écrivain et le laissent hébété de plaisir.

J’écris comme on rêve.

 

Le flow est donc un état subtil et simultané de lâcher-prise et de maîtrise d’une activité. L’as-tu expérimenté ? Souvent ? Jamais ?

 

C’est un secret bien gardé. Les artistes, les écrivains, tous les créateurs et gens concernés ne l’évoquent jamais. L’inspiration est réputée mystérieuse. Pourtant, bien des gens l’expérimentent. Je lirai avec beaucoup de plaisir ton témoignage. Il servira sûrement à ceux qui, avec moi, lisent les commentaires, ci-dessous. Certains ont déjà témoigné, à l’article précédent, l’avoir vécu. D’autres semblent sceptiques. La notion de flow semble passionner. Ce qui est logique puisqu’elle est au centre même de la question de la création. J’espère que cet article, le plus long que j’aie jamais rédigé, t’a apporté tes éclaircissements. Le flow est un sujet passionnant qui garde encore quelques mystères…

 

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15 Commentaires

  1. Catherine

    coucou Laure,
    je crois que c’est Guillaume Muso pour son dernier livre, il explique dans une interview qu’il remercie sa femme de l’interrompre au bon moment car il est tellement dans le flow (il n’a pas utilisé le terme, c’est moi)qu’il deviendrait fou si elle l’en sortait pas deux fois par jour pour les repas.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Coucou Catherine,
      Ah, ah ! Excellent ! Il ne mangerait peut-être plus durant des jours entiers ! Avoir quelqu’un qui s’occuperait de mes repas, quel rêve !

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  2. charier

    salut, pour moi, il suffit de relire les dernières pages pour provoquer cet état intense. le plus long, c’est la correction, mais elle aussi arrive à me replonger dans un autre monde

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Salut,
      Se replonger dans un autre monde à l’étape des corrections, c’est un luxe merveilleux. J’y parviens souvent mais pas systématiquement. Mais surtout sur des laps de temps plus courts.

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      1. charier

        c’est aussi mon cas. prendre le temps de revenir sur chaque phrase me fatigue très vite et j’ai très peu de temps. et il me faut le temps aussi de la réflexion parce que j’y ajoute toujours des sentiments, des odeurs, des bruits, etc… donc au premier jet se greffe beaucoup de sensations physiques

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        1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

          La même chose pour moi ! Je visualise beaucoup aux corrections, donc les sensations physiques se font très vives et c’est le seul moyen d’immerger physiquement le lecteur dans notre univers. C’est très important dans le roman.

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  3. Coipel Christine

    Merci Laure pour tous ces précieux conseils. J ai moi même commencé à écrire un roman mais je suis en plein syndrome de la page blanche. Et perclue de doutes. Je visite de nombreux sites, Mais visiblement ils ne sont pas là pour rassurer les « jeunes » auteurs.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Christine,
      Le syndrome de la page blanche est justement le syndrome du doute. En vérité, si tu es certaine que tu fais la bonne chose pour toi en écrivant, à moins d’épuisement extrême, l’inspiration vient. Que ce soit une petite, une moyenne ou une grande inspiration, elle vient. Je crois qu’il faut balancer tes doutes et écrire, c’est tout. Ecrire parce que tu as décidé d’écrire sans te demander si cela va être bon ou pas. Et ça te libérera beaucoup d’espace mental pour écrire. Parce que le doute tue toute forme d’action. Et écrire est une action forte : on se définit quand on écrit, on s’assume, on existe. Si tu acceptes ça à 100%, tu vas trouver l’inspiration. J’avais écrit un article sur ce syndrome de la page blanche mais je ne me souviens plus du titre de mon article. Fouille un peu dans mes archives si tu as le temps, ça peut t’aider. Ne t’inquiète pas des sites et de ce qu’ils disent. Balance tes doutes pour le premier jet et tu vas te surprendre ! Tout le monde possède un pouvoir créateur. La question de la qualité, tu ne dois te la poser que lors des récritures et des corrections. Go !

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      1. charier

        absolument d’accord

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        1. Christine

          Merci beaucoup

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  4. Elhadj

    Bonjour Laure,

    Pour être franc avec vous, je n’ai jamais pensé à écrire des romans, et de surcrôit, des romans en langue française. C’est à partir d’une description détaillée du portrait d’un de mes anciens maîtres d’école, ( un français qui vit actuellement à Montpellier) partagée sur mon compte Facebook,que je me suis rendu compte de ce formidable(don) bien dissimulé dans mon inconscience. En un an, j’ai écrit quatre romans de 300pages chacun, des romans d’aventures, avant de marquer un écart de relaxe, juste le temps pour fignoler ce que j’ai écrit, ensuite le redémarrage. Juste un thème et je m’emballe, sans répit, jusqu’à la fin du texte. Comment c’est arrivé? Je ne peux pas répondre à cette question, mais je pense que c’est l’inconscience qui fait surface chaque fois que je la sollicite, pour me dévoiler gracieusement son précieux trésor, et quel trésor! Voilà.

    Merci Laure pour cet article. A bientôt.

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  5. Christine

    Bonjour Laure, Question un peu naïve, existe t il un comité de lecture à Amazone ?

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Non Christine, pas de comité. La bonne nouvelle, c’est que tout le monde peut publier. La mauvaise nouvelle, c’est que… tout le monde peut publier ! C’est pour cela que le meilleur y côtoie le pire.

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      1. Christine p

        Merci Laure.

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      2. Christine

        Merci Laure.

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