Ecris-tu dans le flow ? Comment vivre ta plus belle expérience d’écrivain ?

Ecris-tu dans le flow ?

 

Ecrire dans le flow, c’est écrire dans la facilité d’expression, de créativité, d’imagination, la fluidité, la joie, l’enthousiasme, la maîtrise, le calme. Nous voulons tous cela, n’est-ce pas ? Le flow est l’état idéal dans lequel tu devrais, idéalement  toujours, te trouver quand tu écris. C’est un état de grâce rare. Imagine que ta plume glisse dans l’aisance la plus absolue… C’est la plus belle expérience qu’un écrivain puisse faire.

Attention : article qui sort largement des sentiers battus et peut te surprendre, te piquer un peu, voire te choquer ! Mais le flow est un sujet primordial que je me dois de traiter.

 

Crédit photo : Hartwig HKD

 

Qu’est-ce exactement le flow ?

 

Le flow, terme anglais, est un terme de psychologie positive. On parle aussi de zone. On entre dans la zone, on est dans le flow ou dans le flux.

En anglais, to flow veut dire circuler, couler, s’écouler, avancer… Ideas flowed fast and furious : les idées fusaient de tous côtés. The river flows into the sea : la rivière se jette dans la mer. The flow : circulation, écoulement, coulée, ruissellement, flux, acheminement…

Le flow est un état mental d’extrême absorption dans une activité, état qui emmène au dépassement de soi et au bonheur. Quand on se trouve dans le flow, le flux, la zone, on est donc dans un état de concentration, d’engagement et de satisfaction maximum. Rien d’autre n’existe plus que ce qu’on est en train de faire.

Pour parvenir à cet état, il faut bien entendu une motivation puissante. Dans notre cas, il ne s’agit pas d’écrire en ronronnant et en comptant ses signes comme un apothicaire… Mais d’écrire dans un état de joie, quasiment d’extase !

Personnellement, je ressens un enthousiasme et un sentiment d’accomplissement extraordinaire quand j’écris. Quelque chose qui m’emporte totalement et qui est bien de l’ordre d’un flux qui me traverse et que je laisse me diriger. Si je ne ressens pas cela quand j’écris en premier jet un roman, ou tout autre texte littéraire, je cesse car je sais que je perds mon temps. Pire : je vais mal écrire car les choses ne sont pas mûres dans mon inconscient. Je ne vais écrire qu’avec ma conscience et forcément ce sera un texte mutilé. Et je n’y aurais pris aucun plaisir : à quoi bon alors ?

Dans cette immersion dans une activité donnée (on peut constater que le flow existe dans le sport de haut niveau, l’art, la spiritualité, parfois dans l’enseignement, et sûrement dans quelques autres domaines comme par exemple la recherche), les émotions se mettent au service de la performance et de l’apprentissage. Les émotions sont canalisées et coordonnées aux actions.

Le créateur de ce concept, Mihály Csíkszentmihályi (oui je sais, moi non plus je ne parle pas hongrois !) a identifié 6 caractéristiques de l’état de flow. Je copie directement de Wikipédia ces 6 items :

  1. Concentration intense focalisée sur le moment présent
  2. Disparition de la distance entre le sujet et l’objet
  3. Perte du sentiment de conscience de soi
  4. Sensation de contrôle et de puissance sur l’activité ou la situation
  5. Distorsion de la perception du temps
  6. L’activité est en soi source de satisfaction

On parle aussi d’expérience autotélique : elle se suffit à elle-même. La personne la pratique pour l’intense joie, plaisir et enrichissement qu’elle lui procure, en dehors de toute recherche de récompense. Autrement dit, elle la pratiquerait même sans récompense aucune.

L’écrivain peut-il provoquer l’état de flow ?

 

Honnêtement, je ne crois pas que la majorité des gens puissent qu’il soit possible de la provoquer systématiquement sur commande. La plupart des gens ne l’expérimentent même jamais. Il ne faut pas confondre le flow avec une concentration extrême, ce n’est pas que cela. C’est un état de grâce. En écriture, je pense que c’est ce qu’on désigne couramment sous le mot inspiration.

Il me semble que le flow ne peut advenir sans y mettre des conditions préalables. Il faut se disposer à le recevoir. Être prêt à recevoir l’inspiration. Sans cela le flow ne pourra jamais te « tomber dessus ». T’emporter, te surprendre. Donc, il faut y croire et s’y préparer. Ce sont deux conditions minimales.

 

Crédit photo : Greg Williams

Comment se mettre en condition d’entrer dans le flow ?

 

  1. Ecrire, écrire et encore écrire

Car quand tu écris beaucoup, tu possèdes des mécanismes, des expériences, des savoirs-faire, une connaissance intuitive de la créativité et un accès à tes ressources inconscientes. Je ne pense pas qu’un écrivain complètement novice puisse entrer dans la zone. Il faut acquérir une maîtrise suffisante pour espérer y accéder.

  1. Ecrire dans une concentration totale

Ce qui veut dire également t’en créer les conditions. Pas de portable qui sonne, d’interruptions incessantes, qu’elles quelles soient ; se retirer dans un espace pour soi, porte fermée, me semble un minimum. Pour ceux qui préfèrent écrire dehors, écouter de la musique en sourdine peut aider à s’isoler. N’oublions pas que l’écrivain en état de flow, comme le bouddhiste enveloppé de son drap glacé  en plein Himalaya ou un coureur aux 400 mètres olympique, doit se créer une bulle interne.

  1. Etre sûr de soi, au moins dans le domaine de l‘écriture

Si l’on commence sa page en geignant que la journée a mal commencé, qu’on est certain de n’avoir aucune inspiration, mieux vaut aller cuisiner une pizza ou tailler les haies ! On ne peut acquérir la maîtrise d’aucun art, d’aucune activité en possédant le mauvais état d’esprit. Il faut y croire. L’acquisition de ta maîtrise s’appuie sur la certitude que tu en es capable.

  1. Posséder une immense motivation

Il s’agit d’écrire avec passion. Dans le moment où on rédige, c’est la chose la plus importante du monde, on met à la porte tout le reste, on reste seul face à son écriture, cela devient fondamental d’écrire. On ne pense à rien d’autre. Si on écrit comme on va au bureau, on écrira, certes, mais sans jamais connaître le flow. Il faut partir avec une envie brûlante d’écrire. Sentir que rien d’autre n’est possible en cet instant. S’y consacrer corps et âme. C’est le moment. Quand tu écris, cela doit toujours devenir le moment où tu écris. Rien d’autre.

  1. Arrêter les pendules !

Il faut beaucoup d’entraînement et une facilité naturelle pour entrer et sortir du flow sur un horaire bien établi. Quand on sait qu’on va écrire durant une demi heure, une heure au maximum, on ne se laisse pas le temps de respirer. On sait qu’on va sortir rapidement de notre univers. Il existe une pression qui rend plus difficile le lâcher-prise.

C’est pourquoi je te conseille de réserver de longues plages de temps, de plusieurs heures, le plus souvent possible. Savoir que tu as devant toi plusieurs heures, voire ta soirée, ou même plusieurs journées pour écrire va créer un soulagement interne. Tu sais que tu as du temps à consacrer à ton écriture et rien qu’à cela. Ton cerveau sait que si une chose merveilleuse advient, comme entrer dans le flow, tu ne vas pas être obligé de t’arrêter 5 minutes après.

  1. Perdre la notion du temps

Quand tu entres dans la zone, tu perds la notion de temps. En général, je peux écrire durant deux heures avec la sensation d’avoir écrit 20 minutes. C’est pourquoi je tiens très longtemps dans cette zone. Je le sais maintenant donc j’en suis devenue consciente. Mais cela ne change rien à mon ressenti : j’ai beau le savoir, la sensation, c’est bien d’avoir vécu 20 minutes intenses et non 160 minutes habituelles. Dans le flux, je peux écrire quasiment 10, 12 heures d’affilée (il faut que je mange et boive de temps à autre quand même) mais c’est très intense. Je suis portée, je ne ressens aucune fatigue. Elle arrive plus tard. Le flow décuple mes forces physiques et psychiques, cérébrales, émotionnelles, mes forces inconscientes et conscientes. Cela a peut-être à voir avec le processus de sublimation. En général, je travaille 2, 3 heures, je m’arrête pour ne pas m’épuiser, et je recommence deux, trois dans la journée, parfois la nuit. Je pousse plus rarement jusqu’au 10, 12 heures parce que la fatigue qui vient le lendemain et les jours qui suivent est vraiment très grande. Je n’ai plus vingt ans…

 

Musée de l’horlogerie

 

  1. Lâcher-prise sur tes résultats pour te concentrer à 1000% sur ton écriture

C’est quand tu lâches enfin prise sur tes résultats, que tu ne penses plus qu’à te faire plaisir en écrivant, que la grâce advient. Quand tu es dans le flow, tu te sens enfin en possession de tous tes moyens intellectuels. Tu fais confiance à ton intelligence d’arrière-plan, à ton inconscient. Ta raison seule ne peut suffire à créer l’alchimie du texte qui exprime parfaitement ce que tu as à exprimer. J’entends une voix qui me dicte le texte que j’écris en le corrigeant en même temps. Car mon cerveau pense beaucoup plus rapidement. J’ai parfaitement conscience d’être emportée par un flux mais je ne m’attarde pas à ça car s’y attarder, c’est cesser d’être dans le processus. Alors il s’arrêterait net. Il faut faire corps avec ce processus. Je profite pleinement du moment, de l’aubaine, et j’écris aussi loin que je peux. J’entre dans un état d’enthousiasme total, je sens mon cerveau travailler à plein rendement. Je me sens comme un champion olympique du cerveau ! C’est indescriptible. On est à la fois guidé et totalement maître de la situation. C’est paradoxal mais c’est ainsi. Quand on le vit, on sait que ce n’est pas paradoxal mais au contraire totalement complémentaire ! Cela a aussi un rapport avec le fait de vivre dans le moment présent. Il faut être pleinement là, et non perdu dans ces piètres réflexions répétitives qui font notre quotidien, à nous tous.

La sensation est celle, je pèse mes mots, d’une jouissance cognitive. Ne te méprends pas : je ne veux pas dire que je grimpe aux rideaux ! Mais intellectuellement, oui ! J’écris dans la jubilation. La jouissance de l’écrivain, c’est la jubilation. A ce moment, il se trouve à son plus haut point d’accomplissement personnel. Et il en est parfaitement conscient.

Certaines personnes qui me connaissent très bien pensent que je reçois le texte de l’extérieur. Dans leur langage, ils appellent cela canaliser. C’est complètement ésotérique et je n’en crois pas un mot même si je respecte leurs croyances. D’abord ils ne vivent pas eux-mêmes ce processus, ensuite ils ne le ressentent pas. Ce qu’ils croient est surtout la conséquence d’une mauvaise connaissance du fonctionnement humain. La neuroscience expliquera ce phénomène dans quelques dizaines d’années, peut-être avant. Elle s’y intéresse maintenant et tente de détecter quelles parties du cerveau s’activent. J’entends et sens littéralement mon cerveau penser et me dicter les solutions à une vitesse vertigineuse –comparée à sa vitesse de croisière normale. Hors écriture, je suis beaucoup moins performante… Si tu me voyais devant une division ou un pourcentage ! Je sais donc que cela ne vient pas de l’extérieur mais naît à l’intérieur. Sans lâcher-prise, ce serait impossible.

Je précise qu’entrer dans le flow m’arrive systématiquement en 1er jet de roman, textes, poésies, etc. J’y suis parvenue en quelques années il y a bien longtemps… Il faut dire que j’étais habituée à travailler ma créativité puisque j’étais dans une école d’art, ce qui m’a certainement beaucoup aidée.

Je sais à peu près appuyer sur le bouton à la demande parce que je m’y suis beaucoup entrainée volontairement, ne serait-ce que pour rendre mes travaux de graphismes, de peinture, dessin, etc. J’ai poursuivi le même processus mais en allant beaucoup plus profondément dès que j’ai commencé à écrire, alors que j’étais encore en école d’arts appliqués.

Par contre, je n’entre jamais dans la zone durant le deuxième jet et les suivants sauf, parfois, quand je récris certains passages et plus souvent quand j’en rajoute, et travaille donc sur du « neuf. » Hélas : reprendre mon 1er jet est un vrai labeur fatiguant. Usant. Parfois ingrat. Mon cerveau n’a plus la même vivacité. Je repasse en mode conscient habituel. La magie s’efface. L’état de grâce n’est plus. Et je ne ressens plus la même jubilation, ce même bonheur de savoir que je réussis, que je fais bien.

C’est un témoignage qui te paraîtra peut-être étrange mais j’en prends le risque. Je ne me suis jamais livrée là-dessus. Je le fais parce que je ne trouve rien de pertinent sur la question essentielle du flow, qui est tellement liée à celle de la création. C’est pourtant un sujet d’une extrême importance pour les écrivains, les artistes, les créateurs, inventeurs… Peu de livres traitent de ce sujet. La neuroscience commence à peine à s’y intéresser. Mihály Csíkszentmihályi a pourtant conceptualisé ce processus en 1975 ! Très peu de gens ont décrit ce qui se passe en eux quand ça arrive. Quelques sportifs de haut niveau l’ont fait mais comme leur métier n’est pas d’exprimer, leurs rapports sont brefs et sans explications. Mais ils donnent une idée du phénomène. Ayrton Senna : « J’étais déjà en pole position, […] et je continuais. Tout à coup j’avais deux secondes d’avance sur tout le monde, même sur mon binôme qui avait la même voiture. Et tout à coup j’ai réalisé que je ne conduisais plus la voiture consciemment. Je la conduisais comme instinctivement, mais j’étais dans une autre dimension. J’étais comme dans un tunnel. Pas seulement dans le tunnel sous l’hôtel : tout le circuit était un tunnel. Je continuais et continuais, encore et encore et encore et encore. J’avais largement dépassé la limite mais j’étais toujours capable de trouver plus. » Le grand footballeur Pelé : « J’ai ressenti comme un étrange calme… une sorte d’euphorie. J’ai eu l’impression de pouvoir courir une journée entière sans fatigue, de pouvoir dribbler à travers toutes leurs équipes ou à travers tous, que je pouvais presque leur passer à travers physiquement. »

Voici pourquoi je rédige cet article, espérant que tu ne penses pas que j’exagère, que j’affabule. Comment comprendre l’écriture quand on ne comprend pas la créativité ? Comment comprendre la créativité quand on ne comprend pas le flow ? Je voulais aborder ce terrain, pour le moins curieux, de cet état de grâce après lequel nous courrons tous quand nous écrivons.

Il se peut que tu aies déjà expérimenté le flow en écriture, en sport, dans une autre activité. C’est même probable si tu écris de la poésie. Je suppose depuis longtemps que les poètes sont beaucoup plus proches de ce processus que les romanciers. Ce n’est du reste pas un hasard si j’ai commencé par écrire de la poésie. A 19 ans, je voulais être poète. Il s’agit pour toi, si tu connais déjà cet état de flow, qui ressemble à une transe sans jamais en être une et te permet de te sentir illimité, de tenter de le retrouver le plus souvent. Je pense que c’est possible parce que c’est ce que je vis. Pourquoi pas toi ?

 

Crédit photo : NASZA Goddard Space Flig

Le flow et toi !

 

De fait, je suis persuadée que tu peux trouver le flow parce que l’activité artistique s’y prête. Et qu’écrire un roman, de la poésie, une nouvelle, est une activité hautement artistique. Je t’enjoins donc à essayer de mettre en place les conditions décrites ci-dessus quand tu rédiges. Il en existe d’autres que je te décrirai bientôt. Cet article est si long qu’il en serait indigeste, lu d’un bloc ! Il est entièrement rédigé mais je te donnerai la suite la semaine prochaine. Et puis, cela te laissera le temps d’y songer… Penses-y car c’est tellement important ! Et tellement fabuleux d’écrire dans la fluidité ! Imagine un instant que rien ne t’arrête, ni ta pensée, ni tes émotions, ni ton imagination, que tu puises dans un puits sans fond pour en ramener à la surface des pépites auxquelles tu n’aurais même pas oser rêver…

Je te conseille de lire aussi mon article sur l’inspiration. Je n’y parle pas du flow qui est l’inspiration à son plus haut degré. Mais j’évoque l’inspiration qui pose souvent problème aux gens qui pensent manquer d’imagination. Je pense que c’est un article complémentaire à celui-ci.

Partage-nous ton expérience du flow si tu en possèdes une. Et peu importe que tu l’aies expérimentée en cuisinant, en jouant aux échec ou en écrivant un roman. L’important, c’est l’expérience. Et d’y être ouvert.

La suite de cet article la semaine prochaine…

illustrationTéléchargez votre Cadeau

22 Commentaires

  1. Michelle Pannetier-Alabert

    Bonjour Laure,
    Je ne me suis jamais posé cette question. Lorsque j’écris si les mots viennent facilement je continue sinon j’arrête et je reprends plus tard. J’ai du temps et aucune pression pour écrire.
    Merci pour cet article. Bonne journée.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Michelle, je fais comme toi : si ça ne vient pas, je laisse. Je n’insiste pas. Ne se mettre aucune pression pour écrire est vraiment important en effet.

      Répondre
  2. Nathalie

    Bonjour
    Je suis sensible à ce sujet. J’y ai réfléchi après avoir commencé la méditation. J’ai touché du doigt cette sensation en dessinant et je l’appelle « état semi-méditatif », état d’extrême concentration et de sérénité , comme si si on était connecté à une source d’inspiration. Merci pour cette article. Nathalie

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Nathalie, la méditation est un bon moyen d’y parvenir puisqu’elle favorise le lâcher-prise et qu’elle connecte à soi. C’est merveilleux d’éprouver cela. Quand je dessine, peins ou modèle, j’y parviens beaucoup moins souvent, c’est incomparable. Et pas à la demande, hélas…

      Répondre
  3. Elhadj

    Bonjour Laure,

    Je ne comprends pas ces choses-là, mais lorsque mes mains effleurent les touches du clavier, les mots, les phrases, les idées tombent à flots et l’imagination déborde comme un fleuve en crue. On dirait que quelqu’un me dicte des paragraphes entiers sans répit. Lorsque je relis ce que j’ai écrit, je n’arrive plus à en croire mes yeux. Et le plaisir que je ressens durant, n’en parlons plus.
    Merci Laure.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Génial Elhadj, c’est exactement ça. Il y a tant de gens qui courent après ce bonheur sans le trouver ! C’est précieux. Merci pour ton témoignage.

      Répondre
  4. Catherine

    Bonjour Laure,
    Merci pour cet article qui me rassure… je m’explique :
    je sais que ce que vous écrivez est vrai pour l’avoir vécu à plusieurs reprises. La dernière fois, en mai dernier, j’ai écris un chapitre entier et plus en l’espace de deux heures ! Quand je suis revenue à moi, je ne savais plus Où, QUAND et QUI j’étais, ça m’a fait un peu peur. Il m’a fallut quelques minutes pour me reconnecter. Par contre, contrairement à vous, je suis incapable de le faire à la demande.Je communique avec pas mal d’auteures qui utilisent la musique. Moi, je n’y arrive pas.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Catherine, ça vous a rassurée, c’est déjà ça. Non, nous ne sommes pas dingues. Ca existe bel et bien, et c’est tant mieux ! Je crois que ça peut revenir à la demande mais que pour cela il faut le chercher pour commencer, en écrivant beaucoup, en méditant et même… en le demandant gentiment à votre cerveau ! Je crois que le cerveau ne fait qu’exécuter ce que nous lui demandons. Les mauvaises chose comme les bonnes. Si on classe dans notre cerveau l’expérience du flow comme un « truc ésotérique qui fait peur », il ne la reproduira plus. Si on la considère comme naturelle et magnifique, il aura la permission de la reproduire sans crainte. Bonne chance sur la route…

      Répondre
  5. Gilles Brancati

    Un chapitre en deux heures ? Hum… ça doit être un chapitre très court. Si vous corrigez au fur et à mesure, si vous revenez dix fois sur chaque phrase, vingt fois sur l’ensemble, il faut une journée pour une page A4.

    Bref, le mieux est de louer une baraque sans télé quelque part pour y être seul. Vous faites les provisions, vous préparez un plateau repas que vous consommez tout en écrivant.

    Quant à l’attitude « positive », se sentir bien dans sa peau, lâcher prise etc, si c’était incontournable, nous n’aurions pas Lamartine, Baudelaire, Cioran, Nietzsche et combien d’autres.

    Et puis, chacun doit avoir sa façon de travailler, il n’y a pas de standard en matière de création. Encore faut-il savoir créer.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Gilles,
      Je vous trouve dur avec Catherine. Je pense qu’elle parlait de 1er jet pour ce chapitre de 2 heures. Avec une page toutes les 15 minutes, ça fait 8 pages. Personnellement, c’est mon rythme. Avec une page toutes les 10 minutes, ça fait 12 pages. Ca fait beaucoup, je ne le fais pas mais ça doit pouvoir se faire. Simenon a écrit beaucoup de ses livres en une semaine et je le tiens pour un immense écrivain d’atmosphères. Sans compter que Catherine n’a pas précisé si ce chapitre était un chapitre de roman. C’était peut-être un chapitre d’autre chose…
      Nous parlions de premier jet réussi, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas le travailler par la suite.
      Pour le reste, je reste certaine que tous les écrivains que vous citez lâchaient prise, ce qui ne veut pas dire qu’ils se sentaient bien dans leur peau. Je n’ai jamais parlé de se sentir bien dans sa peau, ni d’attitude positive. Assumer ce qu’on écrit, ce n’est pas être bien dans sa peau mais être responsable. C’est plutôt comme cela que je vois les choses.
      Là où je vous rejoins, c’est qu’il n’existe ni standard ni vérité. Ce que je donne ne peut être que le reflet de ce que je vis. A chacun d’y puiser ou non ce qui lui convient.

      Répondre
      1. Gilles Brancati

        Je ne suis pas dur avec Catherine, je m’appuie sur son propos et je dis ce que tu dis : ce n’est pas encore corrigé, amendé, réécrit etc.
        Je suis naturellement méfiant avec les extases, ça me parait surfait.
        Écrire est un travail, ce n’est pas une fulgurance sur laquelle on ne revient pas.
        Aimer le processus de création est une chose, tomber en transe en est une autre qui sort du cadre.
        Rodin travaillait beaucoup, Hugo aussi, ils s’investissaient dans un travail créatif. Hugo était un type sérieux qui écrivait chaque matin, nu, debout. Pouvait-il être en extase chaque matin ?
        On peut réussir en étant besogneux, on peut échouer en étant spontané. Je pense même que c’est le cas de beaucoup qui pensent que se mettre en émoi derrière un clavier fait d’eux un écrivain.

        Il n’est pas sain de faire croire qu’on peut réussir un texte parce que son état psychique du moment était particulier.
        Là où nous sommes d’accord c’est sur le nécessaire travail de la deuxième phase, travail souvent bâclé parce que l’auteur n’est pas compétent pour l’accomplir.
        J’en lis et relis des manuscrits bancals de faux auteurs qui se disent l’être parce qu’ils savent taper à la machine. Dirait-on la même chose d’un peintre, d’un sculpteur, d’un compositeur ?
        Là, je me suis un peu écarté du propos, j’en conviens, mais le point le plus important est que l’état de grâce dont tu parles ne suffit pas à produire une bonne littérature.

        Tu as utilisé positif : « Le flow, terme anglais, est un terme de psychologie positive ».

        Répondre
        1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

          Oui, j’ai écrit que le flow est un terme de psychologie positive mais je n’ai pas écrit qu’il faut être positif. La psychologie positive est une branche de la psychologie qui ne se réduit pas à être positif ! Mais ce n’est pas la question.
          Le flow n’est pas une extase, et je ne pense pas l’avoir décrit comme cela. C’est un moment d’intense maîtrise d’une compétence et de lâcher prise sur ses attentes de résultat. C’est un moment où on fait confiance au processus de création et à soi, ce qui bien rare dans la vie. Puisqu’on nous apprend à nous méfier de tout, y compris de nous-mêmes. Ce qu’on ressent est de l’ordre du bonheur, de la maîtrise, de la jubilation. Personnellement, ça n’a jamais été de l’extase.
          Je ne suis pas certaine que Hugo n’avait pas accès à cela tous les matins… Je pense au contraire que si. Je pense même que le génie, c’est ça. C’est un travail aussi mais il est mené d’une autre manière, c’est tout. Après venait pour lui aussi le travail de récriture. A côté de Hugo, nous sommes des écrivailleurs besogneux, c’est comme ça.
          Et je pense aussi que certains écrivains, et autres artistes, ont été et sont capables de créer pratiquement parfaitement du premier coup. Pas tous les jours à heure fixe, mais si, j’en suis persuadée. C’est un processus qui se travaille.
          Je pense aussi que besogner énormément n’est pas un gage de réussite. Et que ne pas besogner n’en est pas un non plus. Je pense qu’il n’y a pas de vérité. Il n’y a que des cas particuliers.
          Le boulot de récriture, il y en aura toujours pour les génies et pour tous les autres aussi, et là nous sommes d’accord. Ce qui nous différencie dans nos points de vue, c’est que tu vois des dizaines de manuscrits non travaillés tous les jours arriver sur ton bureau, et que tu vois que la plupart des gens prennent leurs états d’âmes mal ficelés pour de la littérature. Je ne subis pas ça, je vois plutôt des gens qui travaillent beaucoup sans comprendre que la littérature, ce n’est pas une rédaction besogneuse, ce n’est pas Musso ou Lévy, c’est autre chose. Ce n’est pas la technique qui fait l’écrivain, c’est sa vision. Et la vision, on la trouve en soi. D’où notre divergence. Je pense que les gens ne manquent au fond pas de travail dans la vie (et l’écriture) mais de liberté, d’espace, d’audace, de vision, de fantaisie, de beauté. D’où mon article : ouvrir un peu les portes, laisser entrer un courant d’air.

          Répondre
  6. charier

    bonsoir, j’ai connu cet état en 2012 et 2013. quinze jours chez maman malade, toutes mes soirées à moi toute seule. quinze jours de transes pendant lesquelles j’ai réécrit mon tome deux et trois de gahila. en ce moment, c’est mirehazz, la suite. déjà écrite, mais à retravailler. mais comme je bosse 8h par jour, je pense tout le temps à mon chapitre et souvent je me jette sur mon cahier pour jeter des idées et c’est vrai que je ne vois pas le temps passer. en effet, c’est comme une extase.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonsoir, c’est une belle expérience que tu as eue, et je pense renouvelable. Après, comme tu dis, il y a à retravailler mais c’est tellement moins difficile que lorsqu’on a peiné en 1er jet. Je ne sais pas pour toi, mais de mon côté mon 1er jet est bien meilleur écrit dans cet état. Et les corrections sont donc légères. Ce qui fait que le bonheur serait de toujours écrire comme cela. Bonne suite.

      Répondre
  7. Domi

    Bonjour Laure,

    Mihály Csikszentmihályi est hongrois, pas polonais, merci de corriger. Ensuite, moi qui travaille à la radio, je sais qu’on parle désormais de flow dans le rap (ce qui est logique). Au temps de V Woolf, c’était le courant de conscience, au temps de Kerouac, la prose spontanée (ne lui a-t-il pas fallu un rouleau d’imprimerie et de l’amphétamine pour écrire « Sur la route en 3 jours » ? Moi ça m’est arrivé et c’est vraiment un état de grâce !

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Grand merci Domi ! Je cours corriger ceci tout de suite. « Sur la route » est vraiment hypnotique, ça colle bien avec le flow…

      Répondre
  8. Med Wab

    Cela me prévient a l’histoire de robinson un livre que j’ai lu dans mon enfance classées promo dans l’ensemble des livres que j’ai lus
    Merci pour votre aide et bonne continuation laure

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci Med, bonne continuation à toi aussi.

      Répondre
  9. Caroline

    Bonjour,
    Article intéressant, j’écris depuis des années et entre dans le flow désormais facilement et systématiquement. (En sortir est plus dur, presque douloureux, si quelqu’un avait des conseils pour adoucir cette « descente » je serais ravie 🙂 ). Par contre, je crois que pour convoquer le flow « à la demande » il faut se forcer à écrire, même quand « ça ne vient pas ». Plus on s’entraîne, plus on y arrive.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Caroline,
      je suis d’accord, il faut se forcer mais seulement les premières années. Après, je crois que ça devient presque automatique. Et que quand ça ne l’est pas, c’est que le matériau n’est pas prêt. C’est comme ça que je fonctionne, mais chacun possède son fonctionnement propre.
      Pour la « descente », je passe très facilement d’un monde à l’autre, autrement dit du mien à celui des autres, de l’intérieur vers l’extérieur. Mais au départ, c’était douloureux, je m’en souviens. Je crois que ça venait du fait que je n’acceptais que difficilement, et pas du tout par moments, de me réintégrer au monde, d’en faire partie. Je voyais une sorte de frontière, de barrière. Comme si l’extérieur et l’intérieur devaient s’opposer. Mais quand j’ai compris qu’il n’y a en vérité aucune différence entre la Laure du dedans et la Laure du dehors, entre celle qui crée et celle qui vit (celle qui passe l’aspirateur en maugréant!), que je suis la même Laure, qu’il n’existe aucune séparation, que je suis un tout faisant partie d’un autre tout qui est le monde, le problème s’est réglé de lui-même. Plus de descente. Puisque vivre ou créer, c’est toujours vivre.
      Difficile de mieux expliquer. Ca paraît perché mais ça ne l’est pas : c’est en fait très pragmatique de sentir que celle qui fait la vaisselle, c’est aussi celle qui est dans le flow quand elle écrit. Si on cesse de hiérarchiser les activités, de les juger en bonnes ou moins bonnes, il n’y plus de raison d’avoir de « descente ».
      Je ne peux donc que te conseiller de chercher à ressentir qu’il n’y a aucune séparation en toi, que tu es toujours la même personne que tu sois dans le flow ou pas. En train d’éplucher des petits pois, de rire, ou d’écrire le livre de tes rêves.

      Répondre
      1. Caroline

        Je suis d’accord avec ton idée du « matériau pas encore prêt », c’est exactement ça pour moi aussi. Mais parfois en préparant la matière (recherches, plan de l’intrigue, fiches personnages) je rentre aussi dans le flow, alors qu’à cette phase du travail, j’écris très peu, à peine des mots clefs dans Excel. Je peux être aussi dans le flow en faisant la vaisselle car j’écris dans ma tête. Mon corps et mon esprit peuvent fonctionner séparément. Quand je parle de descente difficile, c’est par exemple quand mes enfants rentrent soudain de l’école. Ils me parlent alors que les phrases continuent de s’écrire dans ma tête, c’est très inconfortable, je le vis comme une intrusion, je me sens agressée. Débrancher le flow me demande un effort, du temps, un sas de décompression. Je vais tenter ton conseil sur l’absence de séparation de ces deux états dès demain !

        Répondre
        1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

          Je comprends ce que tu veux dire. Les enfants n’y peuvent rien mais ils sont au milieu de ton univers quand même. Et ils ont besoin de toi à 1OO% comme tous les enfants. Et puis, c’est davantage de bonheur pour toi et pour eux d’être à 100% avec eux. Parfois, ça me fait le même effet avec ma fille et, en gros, ça arrive quand je suis épuisée. Quand je suis épuisée, je ne suis plus là pour personne, même pas pour moi !
          Tente ce que je te disais, et puis peut-être du repos aussi, des moments de vrai rien. Rien du tout. Juste respirer. Et ne rien faire, ce n’est pas séparé non plus. Nous sommes un tout, quoi que nous vivions.
          Tiens-moi au courant si tu en as envie.

          Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *