Débarrassez-vous de la panne d’inspiration !

Débarrassez-vous de la panne d’inspiration !

Stephen Poff

                                                                                                  Crédit photo : Stephen Poff

Je vais vous révéler un secret :

La panne d’inspiration est un tigre de papier !

Et d’abord, qu’est-ce qu’un tigre de papier ?

 

J’ai remarqué que beaucoup de gens ne connaissent pas cette expression. Je vais laisser un homme de lettres, un aventurier, un grand marin énarque, Jean François Deniau, vous l’expliquer :

« Dans sa quête de Graal, Lancelot est arrêté par un précipice traversé seulement par une épée tranchante. De l’autre côté du précipice, un lion menaçant rugit. Tous les autres chevaliers renoncent, sans faillir à l’honneur : à l’impossible nul n’est tenu. Contre toute raison, Lancelot engage un pied sur l’épée, puis un autre. Et au fur et à mesure qu’il se rapproche de l’autre rive du précipice, le lion menaçant s’amollit, se dégonfle et disparaît en nuée. C’est exactement la parabole de Mao Tsé-toung sur les tigres de papier, superbe page que l’on peut relire. En paix comme en guerre, toute difficulté apparaît d’abord comme insurmontable. Attaquer les troupes du Kouo-ming-tang semblait totalement irréaliste. Pour montrer que cela pouvait être réaliste, il fallait d’abord les attaquer. Toute difficulté avant de l‘aborder, est un tigre d’acier. Si on l’aborde avec résolution, elle devient un tigre de papier. »

Cette citation est extraite des Mémoires de 7 vies, tome n°1 Les temps amoureux. Au passage, je vous recommande de le lire : Jean François Deniau est un personnage de roman et son autobiographie se lit comme un roman tumultueux, passionnant. Ce livre est un régal.

 

Crédit photo : patricia m

Crédit photo : patricia m

Vous avez compris ce qu’est un tigre de papier. La panne d’inspiration n’existe pas. C’est une panne de foi. De croyance en soi. Provoquée par un ensemble de peurs. C’est une excellente nouvelle, non ? A celle-ci peuvent s’ajouter une mauvaise stratégie et de mauvaises tactiques, et là on peut toujours les améliorer.

La deuxième bonne nouvelle, c’est que retrouver la foi en soi en perdant ses peurs et mettre en place de bonnes stratégies, c’est possible. On commence maintenant !

Programmez-vous à avoir de l’inspiration

Si vous avez la croyance que vous allez réussir, vous allez réussir. Si vous avez « acheté la croyance », comme disent nos amis canadiens, que vous aller échouer, vous aller échouer. Achetez donc la croyance que avez une imagination débordante et que l’inspiration ne vous manquera jamais.

Si vous avez la foi que vous avez des choses à partager, à raconter, à écrire, vous allez en avoir. Si vous ne trouvez rien à partager, à raconter, à écrire, c’est seulement que vous n’avez pas foi en vous-même ; vous ne pensez pas que vous êtes intéressant, que ce que vous avez vécu, ressenti, mérite que vous le partagiez, racontiez, écriviez. Que vous allez passionner vos lecteurs. Tout simplement. En réalité, ce que vous prenez pour un manque d’inspiration, ce sont vos peurs. Vous êtes paralysé par la peur de mal faire. Permettez-vous de penser que vous êtes inspiré.

 

Crédit photo : Hartwig HKD

Crédit photo : Hartwig HKD

Quelles sont les peurs qui paralysent votre inspiration ?

Elles sont au nombre de 5 :

la peur de réussir, la plus surprenante de toutes, et pourtant… (Que se passera-t-il si je réussis mon roman ? Si je suis publié ? Interviewé ? Vais-je être à la hauteur ?)

la peur d’échouer, beaucoup plus commune (Je serais vraiment nul si j’échoue ce roman, comment pourrais-je me supporter ?)

la peur d’être rejeté (Comment mon roman va-t-il être accueilli ? Et s’il ne plaît pas ? Et si je suis ridiculisé ? Si je ne trouvais pas d’éditeur ?)

la peur du changement (Que se passera-t-il si je termine mon roman ? Si je le réussi ? Il faudra chercher un éditeur, le défendre et je n’ai pas l’habitude. Si je suis publié, il faudra faire des salons, des signatures, je vais devoir m’organiser autrement…)

la peur de manquer (Si le roman est publié mais qu’il n’est pas bien vendu ? Si j’ai perdu mon temps ? Je ferais mieux de passer les heures que j’occupe à écrire à faire des heures supplémentaires, au moins ça me rapporterait de l’argent alors que là j’en perds puisque je ne suis pas payé…)

Si vous êtes touché par ce genre de peurs, il faut les éliminer goutte que goutte. Ce sont elles qui vous vident le cerveau dès que vous vous asseyez face à votre écran ou votre feuille blanche.

 

Crédit photo : stuart anthony

Crédit photo : stuart anthony

Qu’est-ce qu’un roman, au fond ?

La peur vous fait oublier la plus banale des notions, celle à laquelle vous devez absolument vous accrocher pour retrouver votre inspiration : écrire un roman, c’est avant tout écrire une histoire. Avec les millions de sensations, d’émotions, d’anecdotes, de rencontres, d’expériences que nous vivons tous, il est impossible que nous n’ayons rien à partager. Sans compter nos lectures, notre culture, nos apprentissages. En faire une histoire avec d’autres personnages que nous-mêmes, leur insuffler ces émotions humaines que nous connaissons tous au travers d’une intrigue, c’est écrire un roman. C’est simple, au fond. Les mamans et les grands-mères racontent des histoires à leurs enfants depuis la nuit des temps, les gens le faisaient spontanément à la veillée avant l’industrialisation et les télévisions au foyer, et le font encore dans certaines parties du monde. Chaque peuple a ses légendes, ses contes, ses mythes, ses héros. Chaque individu aussi, et vous en êtes un. Vous avez forcément quelque chose à nous raconter.

Qu’est-ce que l’inspiration ?

L’inspiration est naturelle à l’être humain. Sans imagination, l’homme ne serait qu’un scolopendre. C’est même la différence fondamentale entre l’humain et l’animal : l’inspiration, l’imaginaire. Sans imaginaire, pas d’arts, pas de sciences, pas de créations techniques, technologiques, médicales, pas d’avions, pas de ceci, pas de cela… Le premier homme qui a inventé de conserver le feu n’a-t-il pas preuve d’inspiration ? Celui qui a inventé le premier abri de branchages, le silex taillé, la roue ? Elle est partout, en tout, à chaque instant. A vous d’ouvrir les yeux et de laisser faire votre imagination.

Le bon état d’esprit pour trouver et conserver l’inspiration (votre stratégie)

Comme pour atteindre d’autres objectifs dans votre vie, il s’agit de ne pas considérer le but (le roman fini) comme une énorme montagne infranchissable mais comme un chemin qui vous amènera tranquillement au sommet de la montagne.

Au sommet donc de votre Himalaya, le roman. Evidemment, si vous vous dites : « Aie, aie, aie, si je dois gravir 8000 mètres à mains nues, sans matériel, sur une semaine, ça va être difficile ! »

Par contre, si vous vous dites : « Bon, c’est raide, c’est certain, mais je vais prendre le matériel nécessaire, chaussures, tente, duvets, eau, nourriture et autre (dans notre cas les techniques d’écriture et l’accompagnement pour être motivé) et je vais grimper tranquillement pendant un an. Je vais bien finir par y arriver. »

 

Crédit photo : Kiril Rusev

Crédit photo : Kiril Rusev

Vous avez compris l’idée : vous ne devez pas considérer votre roman comme une énorme entité insurmontable et vous ne devez pas vous fixer sur votre objectif (je sais, on vous dira souvent le contraire !) mais sur les petits obstacles du chemin, pour continuer à grimper. Les franchir les uns après les autres. Vous concentrer au moment présent sur votre page, chaque jour si possible. Une page l’une après l’autre. Puis ce sera deux pages à la fois, puis trois, puis dix peut-être. Vous apprendrez à être de plus en plus rapide, de plus en plus imaginatif, de plus en plus pertinent, en avançant sur le chemin.

Un roman s’écrit page après page et même mot après mot. Step by step, disent les Américains. Marche par marche, disent les Français. Un ami qui nous a quitté, un grand peintre belge, Claude-Henry Pollet, me disait toujours : « Laure, ta couleur tu dois la travailler centimètre par centimètre. » Et c’était un immense coloriste. Je me sentais très petite en peinture à côté de ce géant. Pour la couleur d’un roman, c’est pareil, c’est mot par mot, tranquillement. C’est paradoxal car c’est en allant lentement qu’on finit par aller vite ! Quand vous avez compris cela, vous avez compris une chose fondamentale.

Et la technique ? (vos stratégies)

La technique est importante, bien sûr. Mais elle s’apprend, ce n’est donc pas un problème. C’est votre psychologie qui fera par contre que vous aurez de l’inspiration ou pas. Votre mental car l’écriture d’un roman est un marathon, pas un sprint. La première chose à faire pour écrire votre roman est de progresser dans votre psychologie. Vous verrez que, comme par miracle, vous aurez de plus en plus d’inspiration. Installez-vous un mental positif.

 

Crédit photo : Dennis Skley

                                                                                                  Crédit photo : Dennis Skley

 Pour l’aspect technique (votre matériel d’alpiniste), vous apprendrez aussi, pas à pas, et cela se fera naturellement, à maîtriser :

– le point de vue

– le style

– le ton

– la narration

– l’intrigue

– les dialogues

– les personnages

– les descriptions

– le cadre

– le temps,

– le suspense, etc.

Vous trouverez sur ce blog -et sur d’autres- des articles techniques. Il existe de nombreux livres bien faits et surtout lisez-analysez, lisez-analysez, lisez- analysez…

En conclusion

Soyons sérieux : est-il humainement possible de maîtriser tout cela d’un coup ? Ne vous semble-t-il pas humain, normal, logique que nous avancions pas à pas dans un apprentissage aussi complexe ? Oui, un roman s’écrit mot après mot. L’inspiration en écriture, c’est juste de mettre un mot après l’autre comme on pose un pied l’un après l’autre pour marcher. Mettez votre focus sur votre évolution, pas sur vos résultats. C’est le secret pour trouver de plus en plus d’inspiration, de plus en plus de sûreté de soi, de plus en plus de techniques, de plus en plus de qualité d’écriture.

Commencez déjà par vous rassurer : la panne d’inspiration n’existe pas ; c’est un tigre de papier.

 

Crédit photo : Enrique Martinez

Crédit photo : Enrique Martinez

Et vous, avez-vous des « pannes d’inspiration » et allez-vous vous en débarrasser ? Allez-vous travailler sur vos vrais blocages et améliorer vos techniques? Laissez vos commentaires ci-dessous.

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8 Commentaires

  1. Marie-françoise

    Comme tous les articles précédents celui-ci est une mine d’informations très diversifiées,culturelles,pratiques,psychologiques,comportementales.
    Et ça marche ! Merci pour toutes les qualités de ces textes.

    Répondre
  2. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

    Merci ! Oui, ça marche quand on applique. Pour la grande majorité des gens, ce qui est difficile, c’est de passer à l’action, d’appliquer. Mais je sais que tu appliques ! Il faut mettre les mains dans le cambouis, c’est la seule façon de trouver une inspiration toujours renouvelée.

    Répondre
  3. loupzen

    « mettre les mains dans le cambouis »..c’est le titre que j’ai donné un article dans mon blog….quelle heureuse coïncidence…j’ai retroussé les manches et suis allé au charbon…

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Loupzen,
      Et oui, quand faut y aller, faut y aller ! Comme en tout.

      Répondre
  4. Lupzen

    ..

    Et s’il fallait entamer un champ de guerre : façon Clo-Clo (pardon à ses fans )

    C’est toi et moi contre le monde entier, toi seul à mes côtés,

    Comprenant mes ivresses à te voir transgresser

    les règles de l’édition que les autres nous ont imposées….

    Oui, toi et moi, contre le monde entier

    En voyant tes volées de bois verts s’abattant sur leurs arrières

    Je te vois gagner la guerre contre ces bons à rien

    Et d’en rire encore et encore nous fera du bien !
    …..un peu simpliste certes je le reconnais, mais il faut parfois aller doit au but!

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Loupzen,
      C’est droit au but ! Je ris en tapant sur mon clavier ! Ce qui va me donner la force de continuer ma journée qui ne sera pas, hélas, dédiée à l’écriture. Mais viendra un jour où toutes mes journées le seront, si je le veux ! Merci de me donner le courage de continuer, finalement c’est un cercle vertueux, chacun poussant l’autre à avancer !
      Et il m’en faut du courage : figure-toi que depuis hier, Google+ me menace : je suppose que je partage trop de posts « intellos »et pas assez de photos de chats ou de bébés souriants, de fleurettes ou de fesses… Donc, je vais moins partager sur Google+, Big Brother surveille tout. Faudrait pas que je relève trop le niveau, où irait-on, mon bon monsieur ?
      Merci, je ris toujours !

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  5. Lise

    Wow! C’est d’une très grande vérité. Et si bien dit. Je suis sans voix. Cet article est un pur bonheur pour moi, il tombe exactement au bon moment dans ma vie, à un instant où je devais lire cela. Merci infiniment pour ce texte d’une grande bonté! Oui, une bonté pour l’auteure que je suis. Merci. Une texte d’une grande richesse, comme tous tes écrits d’ailleurs. J’aime te lire, tout lire. Bonne journée.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci Lise,
      C’est très touchant pour moi de voir que je t’ai touchée. C’est à double sens. Si cet article peut t’aider à te remettre en selle, à te donner confiance en toi, alors je suis satisfaite. Ma récompense, Lise, ce sont des témoignages comme le tien. A mon tour de te remercier ! Ca m’encourage à poursuivre mon blog.

      Répondre

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