Comment écrire une fin de roman inoubliable ?

Après l’incipit, la fin de roman. Tu as peut-être lu l’article que j’avais consacré à l’incipit, c’est-à-dire au début de roman : comment bien débuter ton roman : l’incipit. Il est temps de parler de la manière dont tu peux terminer ton roman car c’est d’une importance aussi capitale que la manière dont tu le débutes.

 

Crédit photo : Dennis Skley

 

Tu as bien entendu plusieurs possibilités :

1.  La fin de roman fermée

 

Tu peux donner une conclusion morale, ou autre, ou une résolution à la problématique du héros. Ton lecteur ne se posera aucune question puisque tu lui auras livré tes conclusions .

A.   Avec une fin fermée : tu peux donner une résolution positive à la problématique de ton héros : il trouve une résolution heureuse à ses ennuis, sa quête, etc. C’est une happy end.

   Elle était toute menue devant lui, si menue, si fragile qu’il ne résista pas au désir de la soulever dans ses bras comme s’il allait l’emporter tout de suite au loin

   Quand il la reposa sur le sol, tous deux pleuraient en riant, et à travers les larmes, ils se voyaient des visages déformés comme des visages de rêve.

Le voyageur de la Toussaint, Georges Simenon (Le héros a rêvé à elle durant tout le roman. Enfin, il ose se déclarer, et on sait tout de suite qu’ils partiront ensemble pour mener une nouvelle vie.)

B. Toujours avec une fin fermée, tu peux faire le contraire : donner une résolution négative à la problématique du héros : mort, fuite, échec, maladie, etc. Par exemple, Madame Bovary finit par s’empoisonner et son mari meurt de chagrin. Tout est résolu puisque tout le monde meurt, et dans le drame.

Crédit photo : Chris Drumm

 

2. La fin de roman ouverte

 

Tu peux au contraire ne pas donner de fin bien définie. Laisser flous les contours de l’histoire, de la problématique du héros afin que le lecteur lui-même tire ses conclusions, ou aucune conclusion. Il arrive même que le roman soit une sorte de chronique quotidienne qui n’aspire pas à une conclusion particulière. La vie qui passe est alors le sujet du livre. Mais pas forcément. La résolution de la ou des problématiques peut être en partie résolue, ou de manière encore insatisfaisante. On ne sait pas ce qui se passera ultérieurement. On peut par contre l’imaginer. C’est une fin de roman ouverte : elle s’ouvre sur tous les possibles.

Elle est bien pratique à utiliser si tu veux créer une série, une saga, une suite.

Ta promesse :

 

Dans tous les cas, si tu as promis quelque chose au lecteur au début du roman (je vais te montrer ceci, ou « voici ce qui arriva au héros et pourquoi », tiens ta promesse. A la fin du roman, donne-lui ce que tu lui as promis.

   Le squire Trelawnay, le docteur Livesey et les autres m’ont demandé de consigner tous les détails concernant l’île au Trésor, du début à la fin, sans rien cacher, sauf la position de l’île, puisqu’il y reste une partie du trésor. Je prends donc ma plume en l’an de grâce 17…, et je retourne au temps où mon père tenait l’auberge de l’Amiral Benbow, quand le vieux marin brun, balafré au sabre, vint loger sous notre toit.

L’île aux Trésor, Robert Louis Stevenson. ( Cet extrait est l’incipit. La promesse sera tenue puisqu’en en effet le jeune héros va raconter tous les détails concernant l’île au Trésor, et même sa propre histoire liée à cette île.)

Crédit photo : carlos

 

Dans tous les cas :

 

Ne rajoute pas d’éléments de dernière minute, de personnages neufs, dans les dernières pages au risque de décrédibiliser ton intrigue et de déstabiliser ton lecteur. Sauf si :

3. La fin de roman surprenante

 

Sauf, bien sûr, si tu ajoutes un ou deux éléments de compréhension à ton intrigue pour créer une surprise et la dénouer. C’est ce qu’on appelle une chute : tu crées un choc, une surprise ou même un retournement de situation. C’est un effet que tu trouves davantage dans les romans policiers, ou à suspense. Attention : dose tes effets et que ton intrigue ne paraisse pas invraisemblable d’un coup mais bien possible, et même qu’on se dise : c’était donc ça ! Je n’y aurais jamais pensé, mais évidemment !

   Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs !..   La Parure, Guy de Maupassant (Durant dix années, l’héroïne se sacrifie, et devient même pauvre, pour rendre à une femme fortunée la parure qu’elle lui avait empruntée et qui lui avait été volée.)

De plus :

 

Ne laisse jamais ton lecteur sur sa faim sauf si tu veux créer une suite et donc lui donner envie d’acheter le livre suivant ou à venir. Et, de préférence, fais en sorte qu’il comprenne que tu vas l’écrire ou qu’il est déjà en vente. Ce peut être fait dans la 4ème de couverture, par exemple.

Ne laisse non plus jamais ton lecteur avoir l’exécrable sensation que tu as bâclé ta fin, que tu ne savais pas comment boucler ton intrigue, que tu n’avais plus envie d’écrire et que tu as escamoté la fin de ton roman. En un mot, que tu te débarrasses brutalement de ton lecteur en terminant le livre au mauvais moment.

Car le lecteur doit finir sur une note qui l’accompagne comme une petite musique. Que ce soit de l’émotion, de l’ironie, du désabusement, de la nostalgie, du lyrisme ou autre, c’est à toi de voir, mais le lecteur ne doit pas être indifférent à ta fin de roman. Même dans le cas d’une fin ouverte. N’oublie pas que le dernier goût, le dernier parfum qui lui restera en tête et dans le cœur de ton roman, ce sera sa fin.

L’idéal, pour mes goûts personnels, est de se surpasser dans les deux ou trois dernières phrases. D’y laisser la trace d’une grande force. Et peut-être d’un questionnement métaphysique. Un très bel exemple :

   En traçant ces derniers mots, le 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.

Mémoires d’outre-tombe, François-René de Chateaubriand (Tu noteras que la fin du livre était annoncée dans le titre même de l’œuvre !)

Crédit photo : J.-C. Curtet

 

4. Une fin qui pose une ou des questions

 

Ta fin de roman, de conte, de souvenirs peut également être un questionnement. Tu laisses le lecteur avec un doute, une crainte, ou même une vraie question. Que ce soit sur l’évolution future du héros, sur ce que provoquera à l’avenir la résolution même de l’énigme, sur la moralité du personnage, ou ce qui  se passera ultérieurement pour d’autres personnages de ton roman, etc. Au lecteur d’imaginer. Evidemment, c’est une fin ouverte. Qui peut-être intrigante ou pas. Ici, une fin intrigante :

   Après cet épisode, j’ai décidé de tout raconter à maman, les draps qui se transformaient et montaient au plafond, les taquineries, le vent, et comment j’avais toujours été guidée vers la fortune et le bonheur. Maman m’écoutait bouche bée, sans rien dire. Et puis, elle a décidé de m’en parler. Elle a toujours su où est caché  papa.

   Mais alors si papa est vivant, qui battait des ailes ?

Battement d’ailes, Milena Agus

Crédit photo : Elena Torre

Ecris donc ta fin de ton roman avec autant d’attention que tu en mets à écrire ton début de roman. Rends ta fin de roman inoubliable ! Parfois quelques phrases suffisent pour sublimer ton récit :

   Gatsby croyait en la lumière verte, l’extatique  venir qui d’année en année recule devant nous. Il nous a échappé ? Qu’importe ! Demain nous courrons plus vite, nos bras s’étendrons plus loin… Et un beau matin…  

   C’est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé.   

Gatsby le Magnifique, F. Scott Fitzgerald

Certains savent déjà comment ils termineront leur histoire. Rien ne les empêche de rédiger la fin de leur roman bien avant de l’avoir terminé, quand l’inspiration leur vient. D’autres écrivent au fur et à mesure (c’est ce que je fais) et doivent donc composer tardivement la porte de sortie de leur livre. Considère ta fin de roman comme cela : une porte de sortie. Comme l’incipit est la porte d’entrée de ton livre. Tu es l’hôte : tu dois recevoir en étant accueillant et tu dois quitter en étant aussi aimable. On ne se débarrasse de ses hôtes avec un coup de pied… Des fins de romans négligées, j’en ai beaucoup lues et toi aussi. Evitons cet écueil.

Et toi, es-tu satisfait de tes fins de romans ? Comment les rédiges-tu ? Eprouves-tu du plaisir à les écrire ?

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10 Commentaires

  1. Isabelle

    Toujours de bons conseils, merci !

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  2. charef

    Merci Laure pour tes précieux conseils. Je suis conforté après ma lecture. Je suivais mon intuition et je constate que j’étais dans la bonne direction. Excellente journée Laure.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Alors tout va bien, Charef ! Tant mieux. Suivre son intuition, c’est très important. Il faudra que j’écrive un article là-dessus. Tu me donnes une idée d’article !
      Excellente journée à toi aussi.

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  3. Caroline

    Les pires fins que je connaisse sont chez Amélie Nothomb (que j’adore par ailleurs, mais ses fins, je dois dire… elle ne nous sort pas du roman à coups de pied, c’est elle qui s’en va, elle nous plante là au milieu du texte. Une course à faire, sans doute)

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Ah, ah, Caroline ! Une course à faire ou une envie pressante de chocolat ou de sushis ! C’est vraiment dommage de tant travailler pour tout lâcher sur les dernières pages. Quel gâchis ! C’est très frustrant pour le lecteur. S’en rend-t-elle compte ? On ne sait pas…

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      1. Caroline

        J’ai déjà eu envie de lui écrire pour lui demander, il paraît qu’elle répond au courrier de ses lecteurs ! Mais je garde mon énergie pour travailler les fins de mes propres textes, ça me semble être un meilleur placement. Merci pour ce chouette blog !

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        1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

          Oui, il paraît qu’elle répond, j’ai lu ça aussi, Caroline. Ca semble incroyable car elle doit énormément en recevoir. Oui, travaille tes fins, c’est un vrai bon placement, avec haut rendement !
          Avec plaisir pour le blog, c’est agréable de rencontrer des gens passionnés par l’écriture, et ce blog me le permet. C’est ma récompense.

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  4. Tahar

    Merci , Laure pour toutes ces précision tellement importantes et pour l’auteur et pour le lecteur.
    A peu près, sur tous mes livres, j’ai réuni ces techniques sur la fin d’une histoire. Dans un de mes romans policiers, le personnage principale finira sa vie en prison ( même après avoir découvert l’auteur du crime…) . Dans d’autres, l’acteur principale triomphe, etc.
    Portes-toi bien et prends bien soin de toi.
    Je t’embrasse.
    Tahar

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  5. Marie-Françoise

    Choisir la fin au début ou la trouver au fur et à mesure?Il me semble que dans l’expression picturale l’utilisation des techniques mixtes plaident en faveur de la deuxiéme hypothèse.
    Bien aise de te retouver sur ton blog
    Marie-françoise

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Oui, tu as raison Marie-Françoise, et c’est un truc que nous connaissons bien toutes les deux les techniques mixtes ! La résolution ce fait toujours à la fin. En écriture, ça dépend vraiment du tempérament de la personne qui écrit !

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