Comment écrire avec créativité ?

Pour bien te servir de ta créativité, il faut utiliser ta subjectivité.

Ta justesse en écriture, c’est le justement le respect de ta subjectivité.

Ta vision détermine ton écriture

 

La différence entre un bon roman et un mauvais roman, ou tout simplement un roman fade, un de ceux qu’on oublie à peine terminé, c’est au fond la vision de l’auteur qui la détermine. Sur la même histoire, on peut écrire 100 livres. Ce n’est pas l’histoire qui fait la différence.

Je ne veux pas dire qu’il faille la négliger. Tu connais mon point de vue là-dessus : une histoire structurée, avenante, avec ce qu’il faut de suspense, psychologique ou autre, possède infiniment plus de chances de séduire ton lecteur. C’est la vision que l’auteur se fait et t’offre de l’histoire qui va la rendre plus ou moins passionnante… ou pas du tout. De là à penser que l’écriture est une vision, il n’y a qu’un pas. Que je franchis allégrement.

 

Crédit photo : Mélanie Plante

Possèdes-tu une vision dans la norme ou originale ?

 

Une personnalité formatée à penser ce qu’elle imagine que la société, ses éducateurs, ses parents, ses amis, ses collègues, son patron veulent qu’elle pense est parfaitement préparée à écrire un roman empli de pensées normatives. De clichés, d’idées toutes faites, préconçues. A ne pas exprimer sa subjectivité. Si tant est qu’elle en possède encore une. C’est pourtant dans notre subjectivité et notre liberté que se trouvent notre originalité et notre personnalité, non dans les conventions.

L’illusion d’une littérature totalement objective

 

Une littérature objective se contenterait de faits. Peu d’émotions, pas ou peu de pensées, et dans la norme bien entendu. Tout serait attendu, évident, pas de surprises, aucune fantaisie. Un roman complètement objectif (heureusement, cela me paraît totalement impossible bien que certains, comme Alain Robbe-Grillet s’y soient essayés) ne décrirait que des faits. Elle serait uniquement visuelle, sans profondeur. En surface. Car seuls les faits sont objectifs quand on ne les interprète pas mais qu’on se contente de les décrire. Mais si des faits sont écrits objectivement mais qu’ils sont en eux-mêmes impossibles dans la vie réelle, on arrive encore à la subjectivité, et c’est heureusement la porte ouverte à l’imaginaire. Prenons l’incipit de La métamorphose de Franz Kafka :

Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et, enlevant un peu la tête, il s’aperçut qu’il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture, à peine retenue par le sommet de cet édifice, était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux.

L’objectivité n’a rien à faire ici. La scène est décrite de manière réaliste, certes, mais nous savons bien que c’est impossible. Pourtant, le lecteur comme l’écrivain choisit de jouer le jeu et d’y croire le temps de cet excellent roman.

 

Franz Kafka
Crédit photo : Christiaan Tonnis.

L’intérêt et la qualité d’une littérature subjective

 

La subjectivité permet la métaphore. L’image. La comparaison. Les jeux de mots. L’humour. La sensibilité. L’utilisation de l’imaginaire. Les nuances de l’émotion et du sentiment. Ce que ressent … est parfaitement subjectif. Car l’écrivain nous parle subjectivement du ressenti subjectif de ses personnages.

N’écris donc pas, ne décris pas ce que tout le monde dit ou raconte, ce d’autres œuvres ont déjà raconté. Entre à l’intérieur de ta personne pour en tirer le matériau de tes livres. Fais appel à ton imagination. A tes souvenirs, à tes réactions, à ce que tu penses, aimes, détestes, ressens. C’est faire appel à ta subjectivité quand tu écris. Fuis le moule d’écriture-cliché, des livres que tu as lu et qui ne t’ont laissé aucun goût particulier, aucun plaisir magique, des anecdotes que tu as cent fois entendues. Ou alors raconte-les à TA manière. Avec ta personnalité. Tes ressentis.

Qu’est-ce qui intéresse ton lecteur ?

 

C’est ta vision. Ta façon de voir, sentir, penser, appréhender le réel. Oublie l’objectivité. Oublie de faire comme tout le monde. Oublie d’écrire comme tout le monde. Tu dois trouver ton style, et un ton qui soit le tien. Avec l’objectivité, on écrit de bons livres techniques, pas des bons romans.

Alors si tu as peur d’en faire trop, de trop te dévoiler à travers ton style, tes personnages, ton intrigue, ne t’inquiète surtout pas car il se pourrait bien que tu n’en pas assez fait pour pouvoir encore vraiment te démarquer !

Tu dois être sincère. La sincérité de ton écriture, le lecteur y sera sensible. Libère-toi, libère ta créativité.

 

Crédit photo : Hartwig HKD

Pourquoi ta créativité nécessite ta subjectivité ?

 

Tu ne peux éveiller ta créativité en tentant de rester objectif car tu resterais factuel. Donc à mourir d’ennui.

Le niveau de puissance de ta créativité, c’est la liberté que tu t’octroies à écrire avec ta subjectivité. Jusqu’à quel point tu assumes ta subjectivité.

La création, dans l’art d’écrire, se place du côté de la subjectivité. Nourris de ta vision subjective tout ce que tu écris, imprègnes-en tes personnages, tes décors, tes intrigues, ton style, le ton, tes métaphores, les sensations, impressions, sentiments, pensées qui sont dans ton roman, ta nouvelle…

Flaubert aurait dit : « Madame Bovary, c’est moi.» Que cette citation, controversée, ait été réellement dite de la bouche de Flaubert ou pas, elle résume bien l’affaire.

Sans vision personnelle, il n’existe pas d’œuvre personnelle. Seulement du tout venant. Un énième livre sans intérêt.

Ne crains pas d’écrire ce que tu penses, ressens, vois, etc. Ne crains pas qui tu es et ce que tu peux faire de toi à travers l’écriture. Qui tu es doit nourrir ton œuvre. Ne te méprends pas : je ne vaux pas dire que tu infiltre ta personnalité dans chacun de tes personnages sinon tous tes romans raconteraient le même personnage. Non, je parle d’instiller ta vision personnelle subtilement au travers de tes livres.

Ta vision personnelle se nourrit forcément de ta subjectivité. Sans elle, tu n’écrirais que des lieux communs. Ose. Ose écrire ton vrai roman, ton vrai livre. S’il est cru, sois cru. S’il est drôle, sois drôle. S’il est émouvant, sois émouvant. Méprise les demi-mesures. Dans ta personnalité, tes ressentis, ton imaginaire, tes émotions, tes sentiments, tes raisonnements se trouve ta vérité personnelle, ton style propre, un ton unique, ton originalité. Donne-toi le droit de libérer ta subjectivité et ose écrire ce que tu as à écrire.

Ta justesse en écriture, c’est le respect de ta subjectivité.

 

Si tu ne l’as pas lu La métamorphose, c’est le moment !

La métamorphose, Franz Kafka         

 

 

 

 

 

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3 Commentaires

  1. Marie-Noëlle

    Merci pour ton article qui sort lui aussi des sentiers battus! Il me parle…

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci de ton retour, Marie-Noëlle. Et ça me fait plaisir que tu penses que mon article sort des sentiers battus. C’est tout le défi que je suis lancée ici : ne pas répéter sur l’écriture ce que je lis partout. Et ça n’est pas facile ! Si cet article te parle, c’est que tu as sûrement des ressources pour créer ton propre ton, ton style unique. Bonne créativité à toi.

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      1. Marie-Noëlle

        Merci Laure pour ta réponse. Pour continuer à profiter de tes articles et conseils sur le chemin de ma propre créativité, je m’abonne à ton blog. Bonne continuation à toi aussi et au plaisir de ta visite sur le mien!

        Répondre

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