Une semaine, un texte : défi numéro 3 avec le mot réciproquer

Une semaine, un texte, défi numéro 3 avec le verbe réciproquer :

dans Osez écrire votre roman, chaque semaine j’écris un texte à partir d’un mot trouvé au hasard, les yeux fermés, dans le dictionnaire.

J’ai appris du vocabulaire car je suis tombée sur le verbe réciproquer.

Réciproque,  réciproquement, réciprocité, d’accord je connais, mais réciproquer ? Le Littré parle de : rendre la pareille, adresser en retour (des voeux). Apparemment, réciproquer s’emploie en Belgique.

J’ai donc écrit. Attention, âmes sensibles s’abstenir !

Crédit photo : Dany_M

Crédit photo : Dany_M

                                                   RÉCIPROQUER

 

Monsieur,

 

Je réciproque. De la même manière que vous m’insultez dans votre lettre, je vous conchie dans la mienne. Vous me traitez de bas-bleu, je vous rends pédant et prétentieux. Vous me qualifiez de prostituée, je vous réponds maquereau. Vous me trouvez fade et sans intelligence, je vous trouve sans saveur et fleur de nave. Vous me flattez d’épithètes comme obtuse, simiesque, inepte. Je vous renvoie bouché, macaque, sot. Je réciproque, Monsieur. Je réciproque car il ne sera pas dit que je suis sans éducation.

Nous nous sommes connus dans des circonstances malheureuses. Vous cherchiez une femme, je cherchais un homme. On se trompe toujours dans ces cas-là. L’attente angoissée, le manque d’amour et de tendresse à combler, tout cela nous pousse dans les bras du premier venu. Il vaut mieux attendre que l’amour fasse son œuvre seul : qu’il tire sa flèche en dehors de notre volonté et notre attente. Ce qu’il atteint alors est sans doute l’être qui nous convient le mieux. Tant nous nous connaissons mal, nous les humains. Bref, laissons faire Cupidon sans nous précipiter.

Au lieu de cela, quoi ? Nous nous sommes vus, nous nous sommes plu parce que nous étions en vérité las de solitude. Nous avons couché trop vite, c’est un fait. Nous n’avons pas laissé monter le désir comme une flamme ardente, plus difficile encore à éteindre une fois qu’on y a goûté. Nous l’avons consommé trop vite et consumé à jamais. Il n’existe plus de désirs entre nous. Le sexe est une pauvre chose quand il n’est pas ombré d’amour.

Vous me reprochez de ne plus allumer l’étincelle chez vous, Monsieur, et bien je réciproque : votre présence n’incendie plus mes sens depuis longtemps. Vous êtes, Monsieur, une douche glacée ! Je voudrais que nous nous émoustillions comme aux premiers jours mais peine perdue. C’est avec regret : nous avons eu de beaux moments. Vous vous efforcez de les oublier en vous rendant odieux. Vous m’écrivez pour m’honorer d’un « nonne aux petites vertus ». Je vous retourne un « prêtre vicelard ». Vous ne disiez pas cela, les premiers temps, quand vos mains remontaient mes flancs comme on va à la pêche, pour le plaisir et le désir crus. Ce vertige, ce délire !

Qu’en faites-vous aujourd’hui ? Foin des souvenirs : vous semblez avoir oublié le plaisir que je vous ai procuré. Et soyons généreuse : le plaisir que nous nous procurâmes. Vous avez la mémoire courte. Je l’ai longue. Je ne réciproque pas, Monsieur, sur ce point. Je tiens à ma mémoire ; je ne deviendrai pas amnésique. J’ai aimé ce que nous avons fait : la chasse aux poissons d’or et d’argent dans mon grand lit à baldaquins, les draps éparpillés dans les parfums de marée basse, les orgies de caresses, vos égarements forts à propos…

Mais puisqu’aujourd’hui vous m’humiliez, je vous offense, Monsieur. Vous n’êtes que l’oubli dont sont frappés les impuissants de la tendresse, les inconfortables avec l’amitié, les honteux avec le plaisir, les inconstants avec leurs souvenirs, les timorés de l’émotion.

Je réciproque, Monsieur, et je vais même plus loin : vous êtes un goujat. Cela va plus loin que toute autre insulte mais saurez-vous le comprendre ?

 

Bien réciproquement.

Crédit photo : Nad Renrel

Crédit photo : Nad Renrel

  Mes commentaires :

J’ai spontanément écrit un texte épistolaire. Quoi de plus direct pour rendre à quelqu’un la pareille que de lui adresser la parole dans une lettre ? Le dialogue aurait été plus commun. Le ton est assez dix-neuvième, élégant, c’est venu naturellement et c’est amusant car il donne du relief aux grossièretés diverses de cette lettre. Ce contraste m’a fait rire. J’espère qu’il en fera autant pour vous.

Je me suis bien amusée !

Et vous, allez-vous tenir le même défi ? Et l’avez-vous tenu avec le défi précédent ? Postez vos commentaires ci-dessous, je me ferai un plaisir d’y répondre.

 

 

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