Une semaine, un défi : texte n°10 avec le mot ferme

Crédit photo : Frédéric Bisson

Crédit photo : Frédéric Bisson

 

Une semaine, un défi : texte n°10 avec le mot ferme

 

J’ai enfin tiré le gros lot : ferme ! C’est un mot que l’on peut décliner de mille manières car il possède de multiples significations. Laquelle choisir ? Puisqu’on pourrait écrire dix textes très différents à partir de ce mot.

Je me suis laissée envahir par cette question quelques minutes, puis par le doute : ce ne serait pas mieux de traiter de la ferme ? Ou du fait de se montrer ferme ? Ou … A ce point-là, 7 ou 8 minutes s’étaient écoulées, et j’ai compris que j’allais me noyer !

Vite, couper court aux questionnements, et faire jaillir l’étincelle qui allume le feu ! J’ai coupé court, ouvert une page Word, et sans écouter ma fichue raison, et sans aucune raison sinon mon plaisir à écrire et partager, j’ai écrit… un long poème !

                                 Je ne la ferme pas !

 

Sois ferme dit le général

Sois plus ferme dit l’amiral

Enferme-le cet animal

Dit le flic au marginal

Ferme-là dit la mère au père

T’es un con c’est une misère

Ferme-là dit le père à l’enfant

J’ai pas envie d’t’entendre en rentrant

La ferme dit le colonel à l’adjudant

Ferme la porte dit celui qui a peur des brigands

Il l’a fermée dit celui qui veut faire le malin

Quand il a vu la taille de ma main

Et justement et justement

Ou plutôt injustement

Ayez la main ferme disait dans le temps

Le père au maître d’école pour son enfant

Ferme à double tour disait le seigneur au manant

Laisse-le au cachot qu’il crève ce paysan

Crédit photo : yabasan

Crédit photo : yabasan

Ferme les double-battants

Ce soir il y a trop de vent

Dit celle que la crainte prend

A tout bout de champ

Ferme ta gueule dit le CRS au manifestant

Ou je te fais sauter les dents

Ferme Sois ferme

Tu vois bien qu’il est insolent

Dit le beau-père devant le pauvre enfant

 

Moi j’aime entendre

le

Ferme ta veste il ne fait pas beau temps

Que dit la mère qui aime son enfant

Et

le

Ferme la porte tout doucement

Sur notre amour insolent

Et

Que s’aiment les deux amants

Et

le

Sois ferme dans ton amour

Aime par tous les temps

Que le monde soit fou ou aimant

Ça Jésus l’a dit de son vivant

Et

Que les hommes soient bons ou méchants

Je préfère mon rêve de tendresse

Mon rêve d’amour partagé

Je refuse la détresse

De mes amours piétinés

Quand à mes amitiés ratées

Je préfère les oublier

J’ai choisi de vivre ma vie

Comme un rêve inspiré

Un morceau de poésie

Sur une terre colorée

C’est un pays oublié

A l’autre bout de tout

Ancien comme un bijoux

Mystérieux comme le vaudou

Crédit photo : cremona daniel

Crédit photo : cremona daniel

Le ciel est bleu

D’un bleu sans sérieux

Le soleil parfumé

Les palmiers évaporés

On ne ferme aucune porte

Rarement les fenêtres

Pas d’ordres pas de voix fortes

Nulle violence aux êtres

Les amants ont le droit de s’aimer

Personne n’a envie de vitupérer

On n’enferme personne

Tout le monde vit en liberté

Il n’y a pas de bonnes

Pour servir les curés

Ni de curés vicieux

Pour jouer avec les nonnes

Il n’y a pas de malheureux

C’est le pays du Bon Dieu

Il y a bien quelques fermes

Mais les paysans sont heureux

On n’a pas des principes très fermes

On préfère le bonheur aux idées

Les émotions ne sont pas cadenassées

Mais les valeurs sont fermes

Juste comme j’aime

Avec un brin de tendresse

Juste comme j’aime

Presqu’avec paresse

Dans ce pays -là

Et dans ces cœurs-là

On tient ferme

Aux vertus et qualités

Des âmes élevées

Oui nous tenons ferme

De tout nos cœurs libérés

Au bonheur et à la bonté

 

Mon commentaire :

C’est un inventaire à la Prévert, avec le talent de Prévert en moins. C’est spontané et frais. J’ai fait une tentative de ponctuation après avoir écrit ce poème, qui est venu sans, pour vérifier qu’il n’en avait pas besoin. J’ai trouvé que c’était mieux sans ponctuation.

J’ai joué sur la présentation avec Et et le. Malheureusement, la technologie fait des siennes ! Elle ne veut pas écrire Et  et le à 5 ou 6 intervalles du bord. C’est là qu’ils doivent être. Je vous laisse imaginer combien ce serait plus agréable et pertinent à la lecture. Ils doivent se situer idéalement au milieu du vers qui les précédent. Je trouve que c’est important d’adhérer complétement à ce qu’on raconte : et visuellement (là, je reconnais que la peintre, la dessinatrice parlent en moi) et par le rythme, la musique. Particulièrement en poésie.

Car c’est le domaine de la littérature où l’on peut se permettre le plus de libertés, de fantaisies. La poésie, c’est un immense terrain de jeu. Je jubile quand j’écris un poème, tout est si facile, avec des contraintes si limitées. Avec ce poème, je suis toujours à la limite du jeu de mots, et toujours dans l’ironie, la dénonciation, l’indignation mais l’appel à la tendresse. Notre vieille humanité en manque tant : les êtres sont si durs pour eux-mêmes et avec les autres. Toute l’éducation de notre monde est à revoir.

Je me suis beaucoup amusée à écrire et je le dis d’une voix ferme : ce fut un régal.

Pour rappel, le défi n°9 évoquait, à sa manière, le fait de vivre ensemble… ou pas, de manière agréable… ou pas.

 

Et vous, qu’allez-vous écrire avec le mot ferme ? N’oubliez pas de me partager vos commentaires ci-dessous, je serai ravie de vous lire.

 

 

 

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6 Commentaires

  1. Marie-françoise

    L’auteur a frotté le mot à ses multiples significations et fait crépiter son texte.J’ai bien apprécié la tonicité de la formule poétique coupant court à toutes élucubrations philosophiques ou psychologiques.L’illustration photographique semble vouloir dire le cri émis peut conduire à l’apaisement,c’ est d’ailleurs ainsi, que le texte progresse spontanément,avec une lucidité virtuose et optimiste,comme l’auteur.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Waouuu ! Merci Marie-Françoise, ton commentaire me fait très plaisir : lucidité et optimisme, c’est en effet mon crédo !

      Répondre
      1. Marie-françoise

        Petit texte à la limite du défi du défi…
        En parlant du coq, Coluche disait qu’il était le seul animal à pouvoir chanter les deux pieds dans la m—e.Mais aussi ailleurs, ailleurs que dans la ferme,pourrait- on ajouter.On peut s’amuser d’un rien avec des mots,mais peut on rire de tout ,cela dépend du rien, du tout,des autres,’

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  2. lOUPZEN

    Tel un spadassin vous rimaillez à « coups de sabre que veux-tu », il vous faut entailler largement et profondément, laissant de profondes cicatrices au corps de votre ennemi intime….pourtant..vos escarmouches sont dignes d’une fine lame et vous maniez l’épée comme une grand dame.Semblable à LA MAUPIN vous avez l’ effronterie d’en tirer vanité ce qui me ravit et de LA BEAUPRES vos avez la rage de ne point être prise au sérieux.
    La colère est libératrice et fait de beaux ravages chez les fâcheux…Qu’ il est doux et rassurant d’entendre le cliquetis des armes qui s’entrechoquent au sein d’une bataille….pourfendre les gueux et les cons n’est pas donné à tout le monde.OSEZ..OSEZ et encore OSEZ.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Ah, ah, Loupzen !
      Quel joli billet vous me laissez là ! J’adore ! Mon modèle est Ghandi, mais ma vérité intime est de brandir l’épée facilement car j’aime pourfendre les cons, telle est ma contradiction! Il faut bien vivre avec… Je ne serai sans doute jamais le modèle de tranquillité sereine auquel j’aspire : la connerie me fait trop vite bouillir le sang, et il faut que je lave à grande eau la connerie qui salit le monde, à ma façon : les mots sont mon épée.
      Touchée ! Je vois que je suis à découvert et que je ne parviendrai jamais à camoufler que je ne suis pas un modèle de patience avec la connerie contemporaine ou ancienne, d’ici et d’ailleurs.
      Entre nous, vous avez l’épée habile aussi, et je conseille aux lecteurs de ce mot de se balader sur votre blog Hurlements de loup, le bien nommé.
      Continuons d’oser, frère Loup.

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  3. Loupzen

    Votre fraternité me touche intensément….que ne suis-je un poète de race pour qu’à vos cotés je porte l’estocade aux faquins qui oseraient prétendre qu’il faut tout oser pour que nous fassions partie de leur fratrie !(AUDIARD….sort de ce corps ).
    Si nous avons osé c’est qu’à l’impossible nous étions tenus.

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