Les corrections de mon roman me donnent une belle claque !

Les corrections de mon roman me donnent une belle correction !

 

Je t’explique tout cela dans cette vidéo afin de t’éviter la même bévue que la mienne. Je t’y lis aussi deux extraits de mon nouveau roman, Le Cheval de l’Irlandais. Ils ne sont pas encore corrigés suffisamment, j’ai omis de te le préciser dans la vidéo. Je te les propose donc à la lecture sous la vidéo, tel qu’ils sont maintenant, après les dernières corrections, et tels qu’ils seront publiés très prochainement. Je te propose également à lire un troisième extrait, corrigé.

 

 

Le héros, l’Irlandais :

 

C’est ma deuxième nuit à la belle étoile ; un bivouac agréable avec un feu crépitant, grâce aux pommes de pins que j’y jette, et même un certain confort : café, pita, féta, vin grec, feuilles de vignes, et un morceau de lard salé. Cela me ramène aux parties de pêche avec mon père, la nuit, sur la mer de Cortez. Nous faisions les cinq cent kilomètres trois ou quatre fois l’an, depuis Los Angeles jusqu’au Mexique, pour passer une semaine à bord d’un bateau que nous louions sur place. Nous naviguions loin, de façon à nous trouver seuls. Nous croisions rarement un bateau. Nous aimions y dormir comme des sauvages, loin des hommes, en compagnie d’oiseaux inconnus, de goélands, hérons gris, pélicans, d’animaux marins, otaries, marsouins, dauphins, lions de mer et même – nous en apercevions quelquefois – de baleines bleues. Le jour, nous étions entourés de bancs de bonites par centaines, daurades, sierras qui brillaient d’un éclat métallique au travers de l’eau, comme des éclats de miroir, et quand nous plongions, il nous arrivait d’approcher de gigantesques raies Mobula de sept ou huit mères d’envergure. C’était fascinant, émouvant et effrayant, et nos cœurs battaient à tout rompre en frôlant les magnifiques monstres marins à la grâce inouïe. Parfois, elles volaient au-dessus de l’eau comme des plumes, et jamais on aurait pu penser qu’elles pesaient deux ou trois tonnes. C’était d’une telle beauté ! Chaque chose était à sa place ; nous-mêmes, humains, ressentions que nous étions au bon endroit, au bon moment. Tout était parfait, aligné, juste. Papa et moi en avions les larmes aux yeux. Nous pensions toujours avec émotion à Steinbeck qui affectionnait la mer de Cortez et l’avait tant sillonnée avec son ami Ed Ricketts, le biologiste. Nous faisions sur le pont des repas frugaux et merveilleux : gordillas ou tortillas dont nous faisions provision dans un puesto avant d’embarquer, poissons grillés que nous péchions, arrosés de vin de Californie, mangues, goyaves et café fort. La nuit surtout, sous le coromuel, la brise du golfe de Californie, comme l’appellent les Mexicains, nous prenions grand plaisir au balancement du bateau, aux étoiles éclatantes piquées dans le ciel par une couturière invisible, au silence de la mer qui n’est pas tout à fait du silence.

 L’héroïne, la Française :

 

Au bout de la ruelle, la place centrale nue, magnifiquement pavée de galets blancs, offrait le spectacle de sa désolation. Pas un arbre, pas un homme, pas une bête ne l’égayait. Impatiente, j’en traversai le désert, poussai une porte. J’entrai dans l’épicerie la plus odorante du monde. C’était toujours un enchantement. Il n’y avait personne mais toutes les odeurs étaient là. Comment décrire ce mélange intime de parfums qui s’affrontaient, restituant à l’homme la multitude des sensations olfactives que procure la planète ? Dans une boutique de vingt mètres carrés se trouvait tout ce dont les femmes avaient besoin pour leur ménage. C’était de fait la seule boutique du village. Des couffins débordants d’épices étaient alignés en rangs de chaque côté du magasin, tels des soldats au garde-à-vous, sur la terre battue soigneusement balayée. Ils formaient une tranchée dans laquelle l’épicier et les clients évoluaient précautionneusement. Le jaune éblouissant, l’or et le miel se mêlaient, le safran discutait avec le cumin, le poivre rouge avec le poivre noir, et les clous de girofle étaient les trois pointes du Christ des Orthodoxes. La cannelle enivrait, le thym émoustillait. Tout cela semblait monter des entrailles de la terre. Sur des étagères, le long des murs, se dressait une batterie de produits grecs ou importés : conserves, paquets de biscuits, pâtes, riz, semoule, légumes secs à vendre au détail, prisonniers d’immenses bocaux en verre, seaux d’olives, bouteilles et limonades diverses, ouzo, pita cuite par la femme de l’épicier, et même des piles électriques, de la lessive, des objets hétéroclites, un réveil vieilli, des icônes naïves aux coloris criards… De derrière le comptoir de bois brut où trônait l’indispensable balance à poids octogonaux, un chien jaune hagard, épuisé, sortit lentement. Il me considéra indifféremment, renifla brièvement mes jambes. Je le caressai entre les oreilles comme j’avais fait pour l’âne. Il s’éloigna placidement et reprit son existence apathique, derrière le comptoir où il se recoucha. De l’ail en tresse, des bouquets d’oignons blancs et rouges, des branches de lauriers attirèrent mon attention. Je désirai aussitôt m’en procurer. Accrochés à un clou, sur la blancheur austère et très belle des murs, crépis de gros grains irréguliers, de ma petite maison, ils seraient plus beaux que les plus inspirés des tableaux. Mais Kronos, l’épicier, ne vint pas. Je sortis ; la claque brutale du soleil m’attendait. Mes paupières clignotèrent devant ce monde immaculé et incompréhensible.

 L’héroïne, la Française :

 

Tout cela sentait la fable et je pensais inévitablement à Alice au pays des merveilles. Comment m’étonner désormais de ne pas trouver de sentier, même le plus étroit, pour parvenir à la grange ? Et était-ce une grange ou une écurie ? Le vieux avait disparu comme Alice derrière le miroir. Je m’enfonçai à l’aveuglette dans la végétation compacte. Nous foulions des haies sauvages, des ronces, des lentisques. Je sentis une longue estafilade tracer son sillon sur mon bras ; ma chemise de nuit blanche, déchirée, se teinta de sang. J’eus un haussement d’épaule. Nous avancions. La lumière était belle dans la jungle des herbes hautes et le silence plus dense au fur et à mesure que nous battions les fourrés. J’abandonnai définitivement l’idée de trouver une piste dans le désordre époustouflant de la nature. Des araignées au large ventre jaune strié de noir, telles de minuscules zèbres, se chauffaient paresseusement au soleil. Le cheval, conscient de ma difficulté à ouvrir la voie à mains nues ne me bousculait plus. Mes pieds nus chaussés d’espadrilles étaient striés d’éraflures. Merveilleux animal, songeai-je, l’intelligence n’est rien sans la sensibilité. Je me tournai et posai la main sur son chanfrein. Il s’immobilisa. Je caressai sa tête pour le remercier de sa patience et sa douceur. Ah, si les humains étaient semblables… Nous gagnerions tant à être plus sensibles que bavards.

Corrections à corriger !

 

J’ai voulu te présenter un peu mon travail, et te faire profiter de ma mésaventure. J’avoue avoir eu une grande et désagréable surprise à la lecture de mon roman. Des corrections à corriger ! Je croyais ne plus faire ce genre d’erreur et pourtant… Oui, il faut vraiment lire son texte sans aucune pitié, aucun sentimentalisme, et c’est ce qui si difficile : être aussi rigoureux pour soi, et même davantage car c’est l’idéal, qu’on ne l’est pour les autres. Prendre du recul. J’espère ne plus refaire la même erreur et savoir discerner, dorénavant, quand mon texte est réellement prêt à être édité. Mais nul n’est infaillible, c’est pourquoi je redoublerai d’attention désormais durant mes corrections et particulièrement mon dernier jet.

Et toi, as-tu déjà vécu ce genre de mésaventure ? N’hésite pas à la partager et à me donner ton sentiment sur tout ceci.

A bientôt, et écris avec passion -et discernement !

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10 Commentaires

  1. Tahar

    Bonjour, Laure,
    J’ai pris le soin de lire ces extraits de ton livre que je trouve intéressants de fait qu’ils soient des récits d’aventures que bon nombre de gens n’ont pas la chance ou le privilège de vivre.
    Tu sais, même si je sais que je n’ai pas grand chose à t’apprendre sur les techniques d’écriture de romans mais je dois oser te faire cette petite remarque:
    La réussite d’un livre ne dépend pas uniquement du talent de l’auteur mais de la prédisposition du lecteur. Je m’explique : pour un de mes romans publiés, il y a des lecteurs qui m’ont avoué l’avoir lu au moins deux fois de suite, tellement ils le trouvaient à leur « merveilleux » -c’est leur qualificatif propre à eux-Mais,en revanche, d’autres lecteurs m’ont avoué qu’il ne le trouvaient guère intéressant ! Tu vois ? Donc, en clair, et comme me l’a dit un de mes amis, qui a lu un autre roman,  » Ton roman, tu publies tel que tu le vois, et qu’importe kes avis des autres » ; et je trouve qu’il a raison.
    Ensuite, je dois t’avouer, qu’un livre n’est jamais définitivement considéré achevé, et ce même si on le remanie des milliers de fois. Mon premier roman ( polar) je l’ai remanié, je crois, plus de quatre fois, et chaque fois que je le relis, une envie de le remanier encore me torture les doigts ! (sourire)
    En tous les cas, ton romans est si attirant, et c’est avec joie que j’ai lu ces toits extraits. Je m’y suis retrouvé de fait que j’aime la nature, la solitude et la pêche.
    Bonne chance et bon courage !
    Amitiés.
    Tahar

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci Tahar, pour ton retour et tes encouragements.
      Tu as raison, c’est de toute manière à moi de prendre la décision de le publier, de décider quand je cesse de le travailler. Comme je suis très perfectionniste, ce sera quand je trouverai que je ne peux plus ajouter, ne serait-ce qu’une virgule ! Je pense que j’aurais fini de le corriger demain soir.
      Et je ne peux pas me substituer au lecteur, bien entendu. Une lecture, c’est très subjectif. Certains aimeront d’autres non. Ca ne m’inquiète pas du moment que j’ai donné mon maximum.
      Contente que ça corresponde à ton goût pour la nature et la solitude, que je partage aussi. La pêche, je ne connais pas mais j’imagine que c’est à la jonction de ton goût pour la nature et la solitude. Et du silence, je suppose.
      Amitiés,
      Laure

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  2. Michelle Pannetier-Alabert

    Merci pour ce partage d’expérience.
    Un auteur est toujours impatient de publier son livre surtout s’il s’autoédite. Attendre un an me semble impossible alors il existe une solution : le comité de lecture. Un autre regard sur le livre permet de corriger un grand nombre de ces petites erreurs si le correcteur est une personne sérieuse. Il est encore possible de laisser passer une coquille et dans ce cas Amazon permet de rectifier et même de mettre à jour dans l’exemplaire kindle le texte déjà vendu.
    Bon courage pour ta future publication.
    Cordialement
    Michelle

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Michelle,
      Oui, je connais des gens qui auraient pu le lire avec sérieux mais je n’avais pas envie. C’est peut-être un tort.
      Pour les coquilles, ils auraient été parfaits. Mais au-delà des coquilles, j’ai des détails à reprendre.
      Merci pour tes encouragements.
      Amicalement,
      Laure

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  3. Michelle Pannetier-Alabert

    Sur les extraits de ton livre :
    Une atmosphère étrange et poétique se dégage de ces quelques lignes et donne envie de lire le livre.
    Pour la lecture audio, tu parles juste un peu trop vite…
    Amicalement
    Michelle

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci Michelle,
      Michelle
      Oui, je parle beaucoup trop vite, tu as raison, il faut que je m’entraîne. J’aurais voulu faire une autre prise mais je n’ai pas eu le temps. J’ai des progrès à faire en audio…
      Une atmosphère étrange et poétique : ça me va très bien ça ! Poétique, je savais, je le voulais. Etrange, je ne m’en rendais pas compte ! Merci pour ton retour, c’est très intéressant.
      Amicalement,
      à bientôt.

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  4. fethi slimani

    corriger ce qu’on ecrit c ‘est necessaire ,le recoriger une multitude de fois la ,ya quelque chose qui cloche. autrement dit notre fleche de romance n’a pas atteint le coeur des lecteurs.
    meme si on use de nos forts qualificatifs de narration sans meler l’aura de notre passion a la chose de l’ecriture ,nous ne arrivons jamais a tanguer les esprits des lecteurs.
    l’ecriture est chanson qu’on ecoute .avec le coeur .

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Je crois au talent, je crois à l’inspiration mais je crois aussi beaucoup au travail. Et je pense qu’on n’a pas le droit de donner à un lecteur un texte qui n’est pas suffisamment travaillé. Donc je travaille… L’écriture est aussi un artisanat.

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  5. Marie-Françoise

    Outre une ode a la nature un silence émane des extraits proposés, nous découvrirons de quelle façon il sera rompu au cours du roman.
    A bientôt pour de multiples échanges.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Très, très bien vu, Marie-Françoise ! Oui, ce silence va être rompu, et le silence fait partie de cette histoire de manière très importante, mais je ne te dis pas pourquoi ni comment… Tu verras. Je suis étonnée que tu aies senti ça, c’est incroyable !
      A bientôt

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