Ecrire un roman, c’est surtout créer un univers.

Ecrire un roman, c’est maîtriser un nombre de paramètres impressionnant. Mais ça ne suffit pas ! Il faut créer un univers. Car rien ne remplace la force d’un univers puissant. Et là… On en parle dans la vidéo.

Ose créer ton univers ! Accroche ton lecteur.

 

A propos du Simenon que j’évoque : c’est Le voyageur de la Toussaint. Il se déroule à La Rochelle. Pas étonnant qu’il pleuve sans arrêt !

« Au moment où Gilles poussait la clef dans la serrure, le vent se levait, la marée se renversait, les bateaux, dans l’avant-port, viraient lentement sur leur ancre et Gilles recevait une rafale de pluie qui le trempait des pieds à la tête.
Il fronça les sourcils parce que cette gifle d’eau, son goût fade sur les lèvres, un filet qui lui coulait dans le cou lui rappelaient un souvenir. Mais lequel ? C’était dans le Nord ou dans l’Europe centrale…
Cherchant toujours, il refermait la porte avec soin, s’essuyait les pieds et s’engageait dans l’escalier qui sentait toujours un peu le moisi. C’est alors, peu avant d’atteindre le premier étage, qu’il entendit la voix d’Alice et il s’arrêta machinalement, sans songer qu’il commettait peut-être une indiscrétion. »

   » De jour, le corridor était dans la pénombre et c’est presque à tâtons qu’on trouvait la clinche du salon d’attente.  Gilles fut surpris de découvrir, le soir, ce décor si délabré. Une lampe électrique à l’abat-jour noir de saleté le faisait paraître plus long, plus étroit, et on voyait que les murs, irréguliers, s’écaillaient. Une porte vitrée, au fond, étai ouverte sur une cour où traînaient des seaux et des poubelles.

   Gilles se baissa et ramassa une fleur. Quelqu’un qui ne savait pas, sans doute, et qui avait apporté des fleurs comme pour une morte ordinaire ?

  La porte du salon était large ouverte. Il y avait de la lumière, mais la pièce était vide, vide aussi le cabinet de consultation en désordre.

   Gilles, saisi par le silence, par cette solitude sordide, toussa pour annoncer sa présence, mais aucun bruit ne répondit. Par contre, son regard tomba sur une armoire en tôle ripolinée, sur laquelle tranchaient des scellés de cire rouge.

   Il atteignit enfin une pièce qui n’était ni un salon, ni une salle à manger, cette pièce ou madame Sauvaget se tenait le plus souvent, dans son fauteuil roulant qui s’y trouvait encore, et d’où elle épiait son mari. Le même désordre y régnait. Un drap de lit par terre. Un oreiller douteux sur un divan sombre. »

Simenon ne recule devant rien. Il est entier. Son univers est entier. Tout concourt à rendre l’atmosphère sordide : les images, le vocabulaire, les lieux, la laideur, la solitude, le silence… Quel univers ! Et s’il est si bien décrit, si on s’y immerge si facilement, c’est bien qu’il est entier, total. Aucune hésitation : c’est le secret.

Crée une atmosphère, une vision, un univers qui t’est propre. Le lecteur pardonnera toujours quelques maladresses techniques. Mais il ne pardonnera jamais un roman où l’on s’ennuie ferme parce qu’il manque de personnalité. Le plus important, c’est bien ton univers.

Qu’en penses-tu ? T’attaches-tu à créer un univers unique ?

 

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4 Commentaires

  1. Pannetier-Alabert Michelle

    Merci Laure,
    C’est l’atmosphère qui fait le livre ou le film mais ce n’est pas facile de la rendre, je crois même que c’est ce qu’il a de plus difficile dans l’écriture. Lorsque je ne la ressens pas, je cesse d’écrire jusqu’à ce que j’y sois plongée à nouveau. Bonne journée.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Michelle,
      Tu as raison, il vaut mieux arrêter que massacrer ses pages. Sortir, se détendre, cesser d’y penser carrément, marcher sont des choses simples et parfois elles suffisent à nous remettre sur la voie. Et parfois, je m’oblige à visualiser la scène, j’essaie de voir les lumières, sentir les odeurs, entendre les sons, les voix, et ça vient aussi d’un coup. En fait, je n’ai pas de règle précise, ça dépend des moments et de ce que j’écris.
      Mais ce qui est certain, comme tu le dis, c’est qu’il vaut mieux cesser d’écrire que d’écrire sans ressentir.

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  2. Tahar

    Bonjour, Laure,
    J’attache une grande importance aux premières pages de mes livres. C’est la clef qui permet « d’ouvrir » les autres chapitres et surtout donner du goût aux lecteurs pour avancer sans s’ennuyer.
    Bonne soirée et merci !
    Tahar

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Tu as parfaitement raison, Tahar. Combien de livres je n’ai pas acheté parce que la première page me tombait sur les pieds !
      Bonne soirée.

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