Comment créer un personnage de roman crédible et inoubliable ?

Comment créer un personnage de roman crédible et inoubliable?

Vivant et touchant ? Ou choquant ? Ou affreux ? Ou amusant ? Bref, créer un personnage qui ne laisse pas indifférent?

Crédit : Tom Simpson

Dracula              Crédit : Tom Simpson

Même si le personnage est invraisemblable, l’art du romancier c’est de nous le rendre crédible ! N’ayez pas peur de ce qui vous paraît énorme au premier abord : dans la vie, tout est plus invraisemblable que dans le plus incroyable des romans. N’oubliez pas que le roman est aussi une tentative de reconstruire et organiser le monde. Ce qui est important, c’est que vous présentiez votre personnage comme :

1   Crédible et cohérent avec tout l’univers évoqué par votre roman.

« De même qu’il était un Elan, un Booster, un membre de la Chambre de commerce, de même que les ministres de l’Eglise presbytérienne déterminaient toutes ses croyances religieuses, et que les sénateurs qui dirigeaient le parti républicain décidaient, dans leurs petites pièces enfumées, à Washington, ce qu’il devait penser du désarmement, des tarifs douaniers et de l’Allemagne, de même c’étaient les grands annonceurs nationaux qui réglaient toute sa vie extérieure, qui lui donnaient ce qu’il croyait être sa personnalité. Ces objets courants vantés par la réclame, pâte dentifrice, chaussettes pneumatiques, appareils photographiques ou bouilloires électriques, étaient pour lui des symboles et des preuves de l’excellence, signes de joie, de passion, de sagesse, qui finissaient par en tenir lieu. »

Babbit, Lewis Sinclair

2   Cohérent pour lui-même, jusque dans ses incohérences. Vous me suivez ?

« Le thème de tout roman, c’est le conflit d’un personnage romanesque avec des choses et des hommes qu’il découvre en perspective à mesure qu’il avance, qu’il connaît d’abord mal, et qu’il ne comprend jamais tout à fait. »            Alain

3   Choisissez un nom qui colle à la peau de votre personnage.

Sinon, cela le rendrait peu crédible. ce n’est pas un détail. C’est très important. S’il est français en 2015, âgé de 80 ans, venant d’un milieu BCBG, ne l’appelez pas Kevin ! Bon, je caricature, mais vous comprenez bien que :

« Un nom propre est une chose extrêmement importante dans un roman, une chose capitale. On ne peut pas plus changer un personnage de nom que de peau. »

Flaubert, lettre à Louis Bonenfant, 1868

Crédit photo : RV1864

Crédit : RV1864     Scarlett O’Hara et Rett Butler

 

4   Soignez la description physique du personnage.

Sa description extérieure peut être courte ou longue mais toujours pertinente par rapport à sa description interne (ce qui se passe en lui, sa psychologie).

      A Pour cette description, utilisez vos 5 sens. Vous pouvez décrire :

– Est-il grand, gros, petit ? Ses vêtements ? Sa dégaine ? (vision)

– Quelle voix a-t-il ? (ouïe)

– A-t-il la peau douce ou de la barbe piquante ? (toucher)

– Sent-il mauvais, transpire-t-il ou sent-il Eau Sauvage de Dior ? (odorat)

– A-t-il la peau sucrée, salée ? (goût) Bon, là, à part pour une scène érotique, je ne vois pas trop, mais ça peut servir également.

Vous faites ainsi appel aux sens de votre lecteur, rendant le personnage plus crédible et vivant.

« Avec sa bouche étrangement sensible et la longue fente d’un bleu profond de ses yeux bridés qui suggéraient l’elfe ou le faune, la créature sauvage venue des bois, il était incongru que ce soit lui qui doive ainsi être immolé sur l’autel de la Finance. »                                                                                             

Tant que brillera le jour, Agatha Christie

      B Utilisez aussi les 5 sens de votre personnage :

– Voit-il bien ou porte-t-il des lunettes ? (vision)

– Entend-t-il comme un musicien la moindre nuance ou est-il est sourd comme un pot ? (ouïe)

– Est-il très sensible au toucher parce qu’il est aveugle ou ses mains tannées et brûlées de forgeron ont-elles perdu leur sensibilité ? (toucher)

– Est-il nez pour un grand parfumeur ou a-t-il tellement peu d’odorat qu’il ne sent rien quand il met le feu à son appartement en oubliant une cigarette qui tombe d’un cendrier ? (odorat)

– Préfère-t-il les saucisses-frites ou le foie gras poêlé accompagné de Sauternes ? (goût)

« Son bras se déplia lentement ; il vint faire craquer la pomme de pin contre l’oreille d’Olivier. – Tu entends : l’arbre, l’écureuil ! Ecoute le bruit… Olivier s’était arrêté de respirer. Il écoutait. Ça coulait dans lui, comme un ruisseau, avec tous les reflets ; ça bouillonnait en forêt dans son cœur. Il avait de la terre sur les lèvres ; le vent traversait sa tête. »

Le grand troupeau, Jean Giono

Crédit photo : Loren Javier

Quasimodo                  Crédit photo : Loren Javier

 

Il faut donc vous servir de vos 5 sens et des 5 sens de votre personnage car ils révèlent énormément de choses sur lui. C’est ainsi que votre lecteur comprend comment votre personnage appréhende le monde.

Bien entendu, le bon sens vous dicte de ne pas déverser sur la tête du lecteur tout cela à la fois. Tant de renseignements doivent être distillés tout au long du roman, permettant au lecteur de mieux comprendre le personnage au fur et à mesure de sa lecture. Selon que vous êtes une personne davantage visuelle, kinésthésique, olfactive, etc, vous aurez tendance à privilégier naturellement une ou deux formes de descriptions. Cela fait partie de votre empreinte d’écrivain.

 

Ceci dit, vous n’êtes pas obligé d’en faire des tonnes. Tout dépend du type de littérature que vous avez envie d’écrire. Parfois, il suffit de quelques mots, pourvu qu’ils soient très bien choisis :

« Ici, les hommes ne font pas de beaux vieillards. Ils font de vieux os. »   

Ennemonde et autres caractères, Jean Giono

« Certes, la princesse était laide, mais tout comme le crapaud, elle possédait deux yeux magnifiques. Sombres et brillants comme deux diamants noirs, ces yeux reflétaient une énergie latente et une intelligence supérieure.»

Le Crime de l’Orient-Express, Agatha Christie

 

Et vous, comment rendez-vous votre personnage de roman crédible, vivant et inoubliable ? Laissez-moi vos commentaires en-dessous et je me ferai un plaisir de vous lire.

La suite de « Comment créer un personnage de roman crédible et inoubliable ? » dans le prochain article car celui-ci est déjà long. A bientôt !

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4 Commentaires

  1. Basile Gonet

    Mon approche est différente. Tant que je combine mon histoire, j’évite d’imaginer mes personnages Ce sont des Playmobil, que je dispose à ma guise. C’est à la rédaction que je m’occupe de savoir qui ils sont ; et comme ils ont un travail à faire, amener l’histoire à son terme, j’évite de leur donner des caractères qui ne les y aideraient pas. On pourrait croire qu’ils sont schématiques et inconsistants ; au contraire, on m’a félicité de les avoir faits si vivants. C’est qu’une ébauche à grands traits, à partir de laquelle le lecteur se fera sa propre image, suffit à camper un personnage. Ainsi, un de mes héros :
    « Deux mètres de haut, la carrure en rapport, barbe et cheveux en bataille, voici le docteur »
    Et une héroïne :
    « Retenons notre souffle, nous sommes en présence de la plus belle fille du monde, celle-là même qui ne peut donner que ce qu’elle a. »
    Les longues descriptions risquent d’encombrer la tête du lecteur de détails inutiles, et elles ont l’inconvénient de former des passages hors du récit proprement dit, cassant le rythme de la narration. Enfin : mon rythme de narration à moi. Il n’y a pas de règle absolue.
    Bien à vous.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Bonjour Basile,
      Non, il n’y a pas de règle absolue. Il m’arrive d’évoquer à peine le physique d’un personnage. Par contre, j’aime savoir ce qu’il pense, ce qu’il ressent et pas seulement par ses actions, et que le lecteur le sache aussi. J’aime le roman psychologique. L’article a été écrit pour ceux qui ont le désir d’en dire plus long sur leurs personnages que vous ne le faites mais ce n’est pas une obligation. Et les descriptions doivent être distillées avec finesse, entrelardées dans la narration, de façon à ne pas couper l’action. Finalement, c’est aussi une histoire de goût.

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  2. Mory Nouhoum SAMAKE

    Merci infiniment. On ne finit jamais d’apprendre.

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    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Mory,
      Avec grand plaisir.
      Tu as raison. J’essaie d’apprendre tous les jours. Nous n’aurons pas assez de nos vies. C’est passionnant d’apprendre.

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