Questions-réponses sur l’écriture de roman et de nouvelle

J’ai reçu cette semaine une salve de questions venant d’une personne qui a lu mon manuel gratuit de techniques littéraires téléchargeable. Cette lecture a apparemment aiguisé son questionnement sur l’écriture. Comme j’ai trouvé ses questions sur le roman et la nouvelle intéressantes et que ce sont des questions qui nous concernent tous, nous les écrivains en devenir et en action, j’ai décidé d’y répondre ici afin que chacun profite des réponses. Merci donc à cet abonné du blog -qui se reconnaîtra- pour ses questions.

Tu peux bien entendu développer ton point de vue dans les commentaires car tu peux avoir des idées différentes ou des précisions à nous apporter.

 

Crédit photo : Qimono

Voici ces questions sur l’écriture de roman et de nouvelle :

 

  1. Comment éviter l’hésitation du choix littéraire ? (un roman ou une nouvelle)
  2. Quelle est la manière de concevoir des allées et retours en cours du texte ?
  3. Peut-on utiliser des moyens pour arriver à obtenir un «rythme» rapide, comment ?
  4. Est-ce que l’auteur peut donner son point de vue sur l’histoire ?
  5. Quelle est la différence entre la conception d’un roman et un récit ?
  6. La règle des 6 W est-elle applicable à la nouvelle ?
  7. Comment trouver ou renforcer son inspiration ?

Voici mes réponses :

 

1. Comment éviter l’hésitation du choix littéraire ? Un roman ou une nouvelle ?

 

 

Pourquoi l’éviter ? On peut écrire les deux ! Pourquoi se priver ? L’existence n’est pas dessert ou fromage : on peut décider de prendre dessert et fromage. Ce sera plus lourd à digérer, c’est tout. Là, il faudra davantage d’apprentissage et de travail. On apprendra la nouvelle, puis le roman. Ou vice-versa. Mais les deux sont très proches, ce n’est pas un grand écart pour l’esprit ; c’est plutôt un ajustement.

Si on débute complètement en écriture, il est judicieux, évident, de commencer par la nouvelle. Et quand elle est réussie (ou plusieurs nouvelles réussies, que l’on peut rassembler en livre de nouvelles, genre malheureusement peu vendu en France), on peut entreprendre plus difficile puisque c’est un travail de longue haleine : le roman.

Si on a déjà écrit un roman, la nouvelle sera vite et facilement écrite et libérera notre esprit. Et avoir l’esprit libre est précieux dans la création comme dans la vie. Cela laisse le champ libre pour une autre expérience qui peut à nouveau être une nouvelle, un roman ou tout autre chose.

Pas de principe rigide : on s’adapte à notre besoin, notre envie, notre inspiration du moment. L’inspiration passe avant tout raisonnement. L’inspiration, c’est le choix.

 

2. Quelle est la manière de concevoir des allées et retours en cours de texte ?

 

 

Je ne suis pas certaine d’avoir compris la question. Est-ce qu’on parle des souvenirs des personnages ? Des faits du passé qui doivent être exposés ou rappelés pour expliquer ce qui se passe au présent ? Des références à un passage précédent du livre ?

Si c’est cela dont il s’agit, ma réponse est simple : avec naturel. Comme dans la vie. On explique ou on donne l’information quand c’est le moment, quand on sent qu’elle va manquer au lecteur. J’aime beaucoup les flash-back dans les romans car ils me rapprochent des personnages. La mémoire procède par associations d’idées ; et le personnage qui y fait appel me semble toujours moins lisse et plus réel. Je n’ai pas peur de perdre le lecteur à partir du moment où je sais que je suis en train de nourrir son imaginaire.

 

Crédit photo : eugenialcala

 

3. Comment arriver à obtenir un rythme rapide ? Des outils ?

 

 

Cela dépend de ce qu’on entend par rythme rapide. Ce qui rapide pour l’un n’est pas forcément rapide pour l’autre. Il faut en réalité trouver le rythme qui va convenir au propos du livre.

Disons d’une manière générale que pour un rythme rapide, le texte ne doit pas être truffé de souvenirs (cela est réservé aux « gros » romans), de détails inutiles (ce qui est valable même pour un roman fleuve), de conversations vides de sens (idem), d’actions inintéressantes parce qu’elles ne « disent » rien de neuf ou de conséquent (même combat), de descriptions sans intérêt (pareillement.)

Le texte ne doit pas être submergé d’adjectifs insipides et généralistes (que du très précis ou rien), d’adverbes, de phrases trop longues, de répétitions.

Le texte doit jongler avec phrases courtes, longues et moyennes pour créer une musique et un rythme entraînant. Davantage de phrases courtes évidemment pour un rythme très rapide. Le texte, c’est aussi de la musique et du rythme, ça compte énormément. C’est l’oreille qui décide de la qualité du rythme d’une phrase, d’un paragraphe, d’une page. C’est pourquoi lire à voix haute peut aider à discerner s’il y a du rythme et lequel.

Le texte doit être ponctué avec discernement de façon à accentuer la rapidité de lecture, donc le rythme de l’ensemble du livre. La ponctuation est importante au même titre que les mots.

Les paragraphes doivent être clairs, et courts. L’œil doit pouvoir les lire presque du premier coup. Pour un rythme rapide, c’est parfait.

Evidemment la structure du livre doit être plutôt linéaire pour entraîner le lecteur de chapitre en chapitre.

Les chapitres peuvent se terminer sur une véritable invite à poursuivre la lecture, à passer sans délai au chapitre suivant. Comment ? Avec un cliffhanger aux dernières lignes de chaque chapitre : le suspense est à son comble et la fin est ouverte. Que va-t-il se passer, nom de nom ? Du mystère, de l’intrigue, de la surprise…Il faut susciter le désir de connaître la suite.

 

4. L’auteur doit-il donner son point de vue sur l’histoire ?

 

 

C’est personnel. Cela se fait peu en littérature romanesque contemporaine. Personnellement, je ne déteste pas ça. C’était un procédé utilisé souvent au XIXème. L’auteur intervenait parfois au cours de son récit en son nom ou à peine camouflé sous un personnage qui disait avoir recueilli une histoire auprès une connaissance et la transmettre au lecteur.

Si on le tente, ce doit alors être discret, subtil, vraiment léger et peut-être avec une pointe d’humour, en tout cas quelque chose qui fait que l’on sent que l’auteur a pris de la distance avec son texte.

Mais pour plonger le lecteur dans l’histoire mieux vaut susciter des émotions et des sensations qui permettent au lecteur de deviner où l’auteur veut en venir, quelle est sa morale ou ses valeurs. Ne pas lui balancer à la face un long discours moralisateur par exemple sur la conclusion finale du roman. Ce serait intrusif et ennuyeux. Le roman n’est pas une théorie, un livre de philosophie ou un essai. C’est un roman. C’est pourquoi le lecteur doit sentir le message de l’auteur, le comprendre, le deviner mais par l’intrigue elle-même, les personnages eux-mêmes et quelques réflexions discrètes qui ne seront pas mises dans sa propre bouche.

Sauf évidemment si on décide d’utiliser le procédé très XIXème siècle en l’assumant totalement.

Cela n’empêche pas l’auteur d’écrire une préface ou un épilogue pour préciser ses intentions.

 

 

Crédit photo : MiraDeShazer

5. Récit et roman ? Quelle différence ?

 

 

Le roman est un récit. Le récit est un mot fourre-tout dans lequel on classe à peu près tout ce qui raconte une histoire imaginaire ou réelle : le roman, la nouvelle, les mémoires, le conte, l’autobiographie, le roman historique, etc.

 

6. La règle des 6 W est-elle applicable à la nouvelle ?

 

 

Oui, la règle des 6W est applicable à la nouvelle. Quelle est cette règle des 6W te demandes-tu sûrement si tu n’as pas lu mon manuel gratuit ?

Je te conseille de télécharger ce manuel de techniques d’écriture de 37 pages que je t’ai concocté, si tu ne l’as pas déjà fait. Tu le trouves dans la barre latérale droite du blog et cela te prends trois minutes. Je te recommande évidemment de le lire car tu y trouveras des renseignements vraiment utiles dont la règle des 6W.

7. Comment trouver et renforcer ton inspiration ?

 

 

Je te renvoie à cet article qui ne parle que de cela : Débarrassez-vous de la panne d’inspiration !

Et je propose d’aller encore plus loin dans la réflexion et la mise en place de ce qu’il faut faire pour avoir une inspiration très forte qui se déclenche de plus en plus souvent. C’est un article très inspirant que j’ai écrit, l’un de mes meilleurs. Il faut dire que le sujet me passionne totalement. J’avais tellement à te partager que j’ai dû scinder l’article en deux car il était trop long : j’étais complètement emportée par mon sujet !

Ecris-tu dans le flow ? Comment vivre ta plus belle expérience d’écrivain ?

Le flow : comment écrire un roman en état d’inspiration totale ?

 

Crédit photo : Pexels

 

Si tu as d’autres questions à me poser concernant l’écriture, n’hésite pas. Si je le juge nécessaire, je pourrai écrire un article de temps à autre pour répondre à plusieurs questions. Merci donc à ce fidèle lecteur pour ses questions. Et toi, en as-tu ? Poste-les en commentaires si tu le désires.

A bientôt, et surtout continue d’écrire avec passion.

illustrationTéléchargez votre Cadeau

Recherches utilisées pour trouver cet article :la regle des 6w, quelle est la phrase pour pouvoir se souvenir des auteurs du 17eme siecle

11 Commentaires

  1. Hiéra

    La question 1 peut s’interpréter autrement (ce n’était peut-être pas l’intention du lecteur, mais c’est aussi une question intéressante) :
    lorsqu’on a une idée, comment choisir le format adapté pour celle-ci : roman ou nouvelle ?
    Bien sûr, ta réponse est aussi applicable à cette interprétation : on peut commencer par l’écrire sous forme de nouvelle et voir ensuite s’il y a matière à en faire un roman, pas besoin de « choisir » à tout prix.
    Mais je suis tout de même curieuse des critères qui pourraient être utilisés pour prendre cette décision…

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Je n’ai pas vraiment de critères, Hiéra. Je crois simplement que si j’avais la chute et que je la trouvais forte, j’en ferais une nouvelle.
      Mais que si je n’avais pas la chute, je prendrais le temps de découvrir mes personnages et mon intrigue et que j’en ferais un roman. Tu vois, c’est une manière de choisir très personnelle !

      Répondre
  2. Mohamed

    Bonjour Laure. Ravi de te revoir en forme et rétablie.
    J’ai lu tes réponses probables, je dis bien probables puisque tu es déjà au champs d’écriture et là tu pouvais répondre sans hésitations. Pour quelqu’un qui n’a pas encore débuté ses lignes, comme mon genre, je ne peux me permettre de répondre aux choses que je n’ai pas encore croisé en mon chemin d’écriture que je n’ai pas encore emprunté. J’apprends de vous tous, de vos expériences dans le domaine. Merci

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Mohamed, tu sais, je continue à apprendre. Je crois que je continuerai jusqu’au dernier jour ! Et c’est bien ça qui nous plaît à tous, je pense, sur le chemin de l’écriture : de continuer à toujours découvrir. On essaie, on apprend, on partage ici. A bientôt.

      Répondre
  3. Christine

    Bonjour Laure, souvent on parle de flashback, mais peut-on, au cours de la narration, faire un bon dans l’avenir, pourquoi pas d’une quinzaine d’années, et revenir en arrière ?

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Christine, j’ai tendance à penser qu’on peut tout tenter, tout faire. Que c’est la manière qui est déterminante, la forme que ça prend. Bien sûr, anticiper sur le récit est plus casse-gueule, mais pourquoi pas ?

      Répondre
  4. Slimani Fatma-Zohra

    A propos de la question posée : l’auteur doit-il donner son point de vue ?
    Je partage entièrement l’idée soulevée dans la réponse de Laure, à savoir que l’auteur en écrivant le roman, qu’il le veuille ou non, laisse apparaitre ou transparaitre son point de vue .
    Cela peut se faire de façon discrète à travers le déroulement du récit : dans le comportement, le caractère, les sentiments, la façon d’agir ou de réagir devant des situations données ….d’un personnage.
    L’auteur peut se voir à travers ce personnage, ou plutôt emprunter sa personnalité à ce personnage choisi dans le roman et lui faire jouer son rôle en toute complicité et discrétion.
    C’est un privilège que seul l’écrivain peut avoir et il n’a pas besoin de l’écrire clairement.
    C’est son livre, sa création et il peut s’y introduire, s’infiltrer dans l’histoire au moment où il veut et en sortir quand il ne désire plus y rester.
    Cela reste mon humble avis.
    Qu’en pensez-vous Laure ?

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Fatma-Zohra, tu as tout à fait le même point de vue que le mien !

      Répondre
      1. Slimani Fatma-Zohra

        Merci Laure, je suis fière de partager le point de vue d’une personne ayant une mine de trésors à diffuser ; et vous le faites si gentiment.

        Répondre
        1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

          Vous êtes gentille aussi : vous me mettez du baume au cœur ! Tiens, je me rends compte que d’une réponse à l’autre, je passe du vouvoiement au tutoiement ! Pardon, je ne suis pas très traditionnelle dans mes relations ! Tutoyons-nous si c’est possible, j’ai beaucoup plus de facilités au tutoiement depuis longtemps.

          Répondre
  5. Slimani Fatma-Zohra

    Oui, Laure, ça me fait plaisir aussi. Je me sens plus à l’aise. Il est vrai, qu’au départ, je n’osais pas .

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *