H : livres à lire, la bibliothèque

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Victor Hugo

 

Un texte merveilleusement écrit qui a trait au merveilleux : l’intuition, cette faculté tellement importante quand on écrit, quand on pratique un art, quel qu’il soit. Savoir l’écouter, savoir la suivre. Si tu écris, tu sais que l’intuition est plus importante que la raison pour écrire un bon roman. Qui mieux que le génial et géant Victor Hugo pouvait en parler ?

   L’intuition est à la raison ce que la conscience est à la vertu : le guide voilé, l’éclaireur souterrain, l’avertisseur inconnu, mais renseigné, la vigie sur la cime sombre. Là où le raisonnement s’arrête, l’intuition continue. L’escarpement des conjectures ne l’intimide pas. Elle a de la certitude en elle comme l’oiseau. L’intuition ouvre ses ailes et s’envole et plane majestueusement au-dessus de ce précipice, le possible. Elle est à l’aise dans l’insondable ; elle y va et vient ; elle s’y dilate ; elle y vit. Son appareil respiratoire est propre à l’infini. Par moments, elle s’abat sur quelque grand sommet, s’arrête et contemple. Elle voit le dedans.

    Le raisonnement vulgaire rampe sur les surfaces ; l’intuition explore et scrute le dessous.

    L’intuition, comme la conscience, est faite de clarté directe ; elle vient de plus loin que l’homme ; elle va au delà de l’homme ; elle est dans l’homme et dans le mystère ; ce qu’elle a d’indéfini finit toujours par arriver. Le prolongement de l’intuition, c’est Dieu. Et c’est parce qu’elle est surhumaine qu’il faut la croire ; c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter ; c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse. »

 

Proses philosophiques, Victor Hugo