Comment enrichir un roman avec une intrigue secondaire ?

Comment utiliser la force de l’intrigue secondaire dans un roman ?

 

Un roman, un conte, une nouvelle se rédigent tous autour d’une intrigue principale. Un ou plusieurs personnages principaux évoluent tout le long de l’histoire. Cela s’organise simplement :

  • une situation initiale : le début du roman
  • un élément déclencheur de l’intrigue : un accident, un déménagement, une catastrophe, etc
  • une suite de péripéties : psychologiques, matérielles, ou les deux
  • un point culminant ou acmé : le héros déclare sa flamme, réussit ou échoue dans sa mission, etc. La tension dramatique est à son apogée. Cela se déroule juste avant le dénouement.
  • un dénouement ou situation finale : l’intrigue prend fin car la problématique du ou des héros est enfin résolue -pour son ou leur plus grand bien ou non ; car la mort, l’échec, la déception sont aussi des dénouements.

Cet élément déclencheur de l’intrigue, cette suite de péripéties, ce point culminant avancent grâce à une intrigue initiale.

Les intrigues secondaires, elles, se greffent sur le récit initial pour l’enrichir et lui donner de la profondeur.

 

Crédit photo : Anthony Easton

Crédit photo : Anthony Easton

 

L’intrigue initiale, exemple :

 

Un récit comme L’Étranger, d’Albert Camus, se focalise sur l’intrigue principale. Cela donne un récit sec et court  de moins de 200 pages où l’émotion est à peine suggérée. Tout se concentre autour du personnage principal ,sans égards pour le reste du monde. C’est du reste ce qui est reproché au héros lors du procès et c’est ce qui signe sa condamnation à mort. On voit ici que le choix d’une intrigue principale unique renforce le propos de l’auteur.

L’intrigue secondaire, exemple :

 

Dans Le Prince des Marées de Pat Conroy, c’est tout le contraire. Ce roman fleuve de plus de 1000  pages possède bien son intrigue principale mais le héros, narrateur comme dans L’Étranger, possède une famille complexe dont les membres se débattent comme ils peuvent dans leur existence, créant des intrigues secondaires. Elles ont des répercutions sur la vie du héros et narrateur. Ce procédé ajoute beaucoup de profondeur au roman car il crée des points de vue supplémentaires, des émotions, des péripéties qui s’ajoutent à celles du héros. Ces intrigues secondaires mettent en valeur et en perspective l’intrigue principale et son héros, habillent tout le roman, lui donne de la chair (L’Étranger est au contraire volontairement déshumanisé), renforce sa tonalité générale, son atmosphère, fournissant une multitude de renseignements sur le passé des personnages secondaires, leurs aspirations, émotions, problématiques…

 

Crédit photo : Guy Moll

Crédit photo : Guy Moll

Quelles sont les caractéristiques de l’intrigue secondaire ?

 

  • le héros n’y participe pas obligatoirement mais c’est possible. Elle peut se rapporter aux personnages qu’il côtoie, ou non.
  • elle ne prend jamais la place de choix que conserve, tout le long du livre, l’intrigue principale. Car le lecteur ne doit jamais perdre de vue la ligne narrative constituée par l’intrigue principale. Il ne doit pas se noyer dans les détails même si l’intrigue ou les intrigues secondaires sont très nourries. Le lecteur doit toujours savoir où il en est et ne pas perdre de vue la quête du ou des héros. Par exemple, dans Harry Potter, la relation conflictuelle, de type « je t’aime-moi non plus », entre Hermione et Ron n’empiète jamais sur l’intrigue principale. En quelque sorte, elle reste à sa place.
  • l’intrigue secondaire possède, comme l’intrigue principale, son début, son milieu et sa fin. Hermione et Ron, après mille hésitations, finissent par se marier.
  • elle renseigne sur l’ambiance du roman, son cadre et ses personnages.
  • elle aide à insuffler la vie au roman par son apparence spontanée (il n’en est rien cependant et tu dois tout contrôler, comme toujours.)
  • elle crée une tension et un suspense supplémentaires à ceux de l’intrigue principale, et suscite chez le lecteur le désir et l’envie de poursuivre sa lecture.

Nombreuses ou peu nombreuses, les intrigues secondaires soutiennent le texte en le diversifiant. C’est un choix d’écrivain. Tu dois en user avec discernement et trouver l’équilibre idéal en rapport avec ton propos, comme on l’a vu dans les exemples précédents. Tu dois donc savoir si tu veux écrire un récit court, un roman de taille moyenne ou un roman-fleuve. Si tu désires une histoire simple et directe ou complexe.

D’une manière générale, on voit beaucoup moins d’intrigues secondaires dans les contes et nouvelles que dans le roman car ils vont « droit au but. » Mais comme dans tous les domaines, l’exception existe et existera toujours.

En résumé, il existe  :

 

  • l’intrigue principale : le cheminement du ou des héros principaux jusqu’à la résolution d’un ou des conflits, dilemmes, etc, peut suffire à écrire un roman, conte, nouvelle.
  • l’intrigue complexe : avec son intrigue principale et ses intrigues secondaires, ses personnages se croisent, se rencontrent et créent de nouvelles péripéties. Elle est surtout intéressante pour un roman bien fourni en pages, et un roman-fleuve ou une  saga (l’immense Dune, de 7 tomes, de Franck Herbert.)

L’enchâssement :

 

Le procédé qui vise à greffer des intrigues secondaires sur l’intrigue principale s’appelle l’enchâssement. Oui, connaître ce mot est totalement inutile mais j’ai quand même envie que tu le saches ! Ça a un côté précieux un peu prétentieux : tu enchâsses tes petites émeraudes sur ton grand calice en or, par exemple, enfin tu vois le genre…

Sérieusement, c’est à toi de te servir avec discernement des intrigues secondaires. Si tu crée un plan pour ton roman, ce que je conseille si tu débutes (voir mon Petit guide de démarrage à l’écriture, que tu peux télécharger gratuitement, sur la droite du blog ou en-dessous de cet article), structure bien ton intrigue principale d’abord, puis greffes-y tes intrigues secondaires ensuite. Ça t’évitera des confusions, des erreurs, qui nuiraient à la bonne lecture de ton livre. Tu peux utiliser pour cela le mind mapping, c’est très pratique. Tu pars de ta situation initiale et tu déroules ton plan avec ton intrigue principale et tes intrigues secondaires comme ci-dessous.

Crédit photo : Pietro Zanarini

Crédit photo : Pietro Zanarini

N’oublie jamais que tes intrigues secondaires doivent apporter un plus significatif à ton lecteur sans le noyer sous des détails inutiles et insipides. Que tes personnages secondaires aient de la présence tout de même ; n’en fais pas des fantoches aux problématiques dérisoires, sauf si tu fais dans l’humour et la caricature. Mais dose alors tes effets.

Personnellement, j’aime beaucoup les romans qui fourmillent de vie, de destins entrecroisés. Mais un récit tout simple, pur, rondement mené, peut aussi être un régal pour le lecteur. En ce cas, si tu t’attaques à ce genre de récit, fais très attention à trouver un ton intéressant, et à la qualité de ton style -même s’il est simple. Car tout défaut de style sautera aux yeux du lecteur ; il sera beaucoup plus attentif à cela que dans un roman où tout l’appelle car les personnages et les intrigues sont nombreux. Ce qui ne veut pas dire que, là aussi, il ne faille pas tout soigner jusqu’au moindre détail.

Il n’existe pas de règle absolue. C’est ton choix d’écrivain d’écrire avec une ou des intrigues. Quel qu’il soit, reste conscient de ton choix durant tout ton temps d’écriture pour mener à bien ton livre.

 

Crédit photo : Frédéric Bisson

Crédit photo : Frédéric Bisson

 

Laisse-moi ton commentaire, je le lirai avec plaisir. Tu peux aussi me proposer une idée de sujet ; n’hésite pas. Si je suis en mesure d’apporter des éléments de compréhension, de solutions, je le ferai volontiers. Et surtout écris avec passion !

Laure

 

 

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2 Commentaires

  1. loupzen

    « Qu’on me donne l’envie…l’envie d’avoir envie « …Bonjour, vous connaissez tous cet appel à l’aide…dans le cas précis de notre papy Johnny les paroliers bossent pour lui. En ce qui nous concerne c’est pas tout à fait la même chose….le parolier c’est vous et vous seul !(pour moi aussi).Par contre les aides et conseils à exposer nos « paroles » sont mis à notre disposition dans le blog de Laure…alors il faudrait être fou pour ne pas en profiter !(Afflelou dixit!).
    En vous souhaitant une belle réussite.

    Répondre
    1. Laure Gerbaud (Auteur de l'article)

      Merci à vous, j’apprécie beaucoup de savoir que c’est utile. Sinon j’ai l’impression d’écrire dans le vide. En vous souhaitant à vous aussi une belle réussite… en écriture, bien sûr!

      Répondre

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